
“Je suis venue supporter la jeunesse et le peuple cubains qui ont eu, pour la première fois en soixante ans, le courage d’exprimer leur mécontentement et souffrance vécus durant toutes ces années de pression et qui n’ont pas eu la chance de décider de leur vie... ce qui aurait pu être mon cas. Tous les Cubains doivent réfléchir et être solidaires aujourd’hui de ceux qui sont en train de se battre”, explique calmement Annia Mercedes Sariol Albert.

Comme une centaine de Cubains environ, Annia a quitté famille et amis pour travailler et vivre au Luxembourg. Mais elle reste viscéralement attachée à sa belle île des Caraïbes, située à 145 km de la Floride et qui compte 11 millions d’habitants. Excédés par la crise économique et sanitaire, des milliers de Cubains sont descendus dans les rues de dizaines de ville les 11 et 12 juillet, aux cris de “Nous avons faim”, “A bas la dictature” et “Liberté !”. Un manifestant a été tué et une centaine d’autres arrêtés.
Malgré une salve de mesures prises mercredi par le gouvernement communiste pour apaiser la population -facilitant notamment l’entrée sur l’île d’aliments et médicaments- des centaines de Cubains comme Annia ont exprimé ce samedi après-midi lors d’une manifestation spontanée organisée à Paris, leur “soutien au peuple cubain qui demande la liberté et qui est en train de mourir”.
Aux cris de “Si le peuple est dans la rue à Cuba, nous sommes avec lui!”, “Liberté, solidarités, fraternité!” ou encore “Liberté pour les prisonniers politiques!” des centaines de Cubains ont défilé sous les fenêtres de l’ambassade de Cuba. Suite aux manifestations “des gens se retrouvent en cellule, des personnes ont disparu et d’autres ont été torturées. Et beaucoup de jeunes se retrouvent prisonniers chez eux”, raconte Orel, 51 ans, originaire de Cuba mais installé à Paris.
À ses yeux les manifestations insurrectionnelles des 11 et 12 juillet “ne sont que le reflet de la situation générale d’un peuple qui a perdu de plus en plus de liberté depuis vingt ans. C’est un monopole d’État qui contrôle la vie des gens”.
À la pénurie régulière de certaines denrées alimentaires, de produits d’hygiène et de médicaments qui rendent le quotidien des Cubains très difficile, il faut ajouter deux éléments-clefs que soulève depuis Luxembourg Svéinn Graas, président de l’association Amistad Luxemburgo-Cuba. La situation sanitaire liée au Covid “qui s’est fortement aggravée ces dernières semaines” et “le blocus criminel maintenu depuis près de 60 ans par les Etats-Unis, et qui rend de facto impossible l’importation de biens de première nécessité sur l’île. Le gouvernement Trump avait renforcé de manière drastique ce blocus, et contrairement à ce que certains avaient espéré, le gouvernement Biden ne l’a en rien allégé”, explique Svéinn Graas.

Les pénuries alimentaires liées à l’embargo expliquent en partie les récentes émeutes aux yeux du président de Amistad Luxemburgo-Cuba qui exige la fin du blocus “afin que Cuba puisse respirer !”
Annia est d’avis que “ça ne peut plus durer. Il faut trouver une solution pour que ce ne soit plus le peuple qui soit pénalisé. Le gouvernement cubain doit être à l’écoute de la souffrance de son peuple et dialoguer avec lui. Tout comme il doit se rendre compte qu’il faudra bien dialoguer pour collaborer avec les Américains” pour trouver une issue au blocus qui dure depuis... 1962.
Washington et La Havane n’ont cessé depuis les émeutes de s’accuser mutuellement. Pour le président cubain Miguel Diaz-Canel, ce sont les Etats-Unis qui ont financé et encouragé ces manifestations. Ce samedi, il a dénoncé le “mensonge” autour des troubles survenus sur l’île, lors d’un meeting de “réaffirmation révolutionnaire” aux côtés de Raul Castro et face à des dizaines de milliers de ses partisans à La Havane.
“Ce que le monde est en train de voir de Cuba est un mensonge”, a-t-il déclaré, dénonçant la diffusion d’“images fausses” sur les réseaux sociaux où l’on “encourage et glorifie l’outrage et la destruction des biens”, six jours après des manifestations historiques contre le gouvernement communiste. À Cuba, “il ne s’agit pas d’un gouvernement qui réprime son peuple”, a-t-il affirmé.
Joe Biden avait répliqué durement jeudi, qualifiant Cuba d’”Etat défaillant qui opprime ses citoyens” et se disant prêt à envoyer des vaccins anti-Covid pour qu’une organisation internationale les administre, alors que le pays traverse le pire moment depuis le début de la pandémie de coronavirus.