Une pratique inutile et risquéePourquoi faut-il en finir avec les mutilations génitales féminines?

Romain Van Dyck
Des millions de filles et de femmes subissent chaque année des mutilations sexuelles. Ces pratiques, en plus d'être dangereuses, sont totalement inutiles et indignes, rappelle Unicef Luxembourg, qui appelle à une "tolérance zéro" à l'égard de ces mutilations.
Un Massaï passe devant une fresque murale appelant à l'abolition des mutilations génitales féminines (MGF) et des mariages d'enfants, dans un couloir d'un hôpital de Narok (Kenya), le 3 décembre dernier. Les mutilations génitales féminines (MGF) restent une pratique profondément ancrée dans certains villages. Une infirmière locale a déclaré à l'AFP qu'environ 80 % des filles sont encore concernées, malgré l'interdiction de cette pratique en 2011.
Un Massaï passe devant une fresque murale appelant à l’abolition des mutilations génitales féminines (MGF) et des mariages d’enfants, dans un couloir d’un hôpital de Narok (Kenya), le 3 décembre dernier. Les mutilations génitales féminines (MGF) restent une pratique profondément ancrée dans certains villages. Une infirmière locale a déclaré à l’AFP qu’environ 80 % des filles sont encore concernées, malgré l’interdiction de cette pratique en 2011.
© TONY KARUMBA/AFP

Rien, absolument rien, ne peut justifier les mutilations génitales féminines. Ces pratiques sont en effet traumatisantes, tant sur le plan physique que psychologique. Il faut bien comprendre ce que signifient ces interventions visant l’ablation partielle ou totale des organes sexuels féminins, et qui peuvent prendre plusieurs formes :

  • ablation du gland clitoridien,
  • ablation des petites lèvres,
  • rétrécissement de l’orifice vaginale,
  • repositionnement des petites lèvres, ou des grandes lèvres, parfois par suture
  • pratiques visant à piquer, percer, inciser, racler ou cautériser les organes génitaux.

Pratiquées dans de nombreux pays depuis des siècles, ces mutilations sont le résultat de divers facteurs culturels, religieux et sociaux. Elles sont notamment motivées par une volonté de contrôle de la sexualité des femmes, et des idées reçues sur l’hygiène, la fécondité, ou des prétendus diktats religieux, qui n’ont pourtant aucun fondement. “Dans certaines sociétés, elles sont considérées comme un rite de passage. Dans d’autres, elles constituent un moyen d’empêcher la sexualité des filles ou de garantir leur chasteté. Ni l’islam ni le christianisme n’approuvent les mutilations génitales féminines. Pourtant, les textes religieux sont souvent brandis pour les justifier” écrit l’Unicef.

Des manifestants pro-excision génitale féminine (FGM) brandissent une banderole devant l'Assemblée nationale à Banjul (Gambie), en mars 2024. Quelques mois plus tard, l'Assemblée votait pour maintenir son interdiction des mutilations génitales féminines.
Des manifestants pro-excision génitale féminine (FGM) brandissent une banderole devant l’Assemblée nationale à Banjul (Gambie), en mars 2024. Quelques mois plus tard, l’Assemblée votait pour maintenir l’interdiction des mutilations génitales féminines.
© MUHAMADOU BITTAYE/AFP

Car les conséquences sont lourdes. Hémorragie, infection, transmission du VIH, infertilité, complications lors de l’accouchement, douleur pendant les rapports sexuels, diminution du plaisir sexuel.... mais aussi anxiété, dépression, et tant d’autres troubles psychologiques. Ces mutilations meurtrissent à jamais les femmes qui en sont victimes.

4 millions de filles et femmes subissent ces mutilations chaque année

Et quelles que soient leurs formes, une chose est sûre : les mutilations génitales féminines constituent une violation des droits humains fondamentaux des filles et des femmes, notamment de leurs droits à la santé, à la sécurité et à la dignité.

D’autant qu’elles sont le plus souvent infligées aux filles entre la petite enfance et l’âge de 15 ans. Et elles sont très nombreuses à les avoir subi. “Bien que le nombre exact de victimes à l’échelle mondiale reste inconnu, au moins 230 millions de filles et de femmes originaires de 31 pays sur trois continents ont subi une mutilation génitale” déplore Unicef Luxembourg.

À l’occasion de la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF), l’association rappelle que chaque année, environ 4 millions de filles subissent cette mutilation.

Certes, les efforts menés à l’échelle mondiale ont accéléré les progrès visant à mettre un terme aux mutilations génitales féminines. Par rapport à il y a 30 ans, le risque qu’une fille soit victime de cette pratique est aujourd’hui inférieur de 33 %.” Mais “Dans certains pays, les mutilations génitales féminines sont tout aussi courantes aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a 30 ans. Plus de 90 % des femmes et des filles âgées de 15 à 49 ans en Guinée et en Somalie ont subi une forme ou une autre de mutilation génitale féminine.

Des actions notamment au Cap-Vert

Hélas, les progrès réalisés au cours de la dernière décennie risquent d’être réduits à néant, “car le financement et le soutien mondiaux en faveur de l’égalité des sexes, des droits des filles et des femmes et de l’élimination des pratiques néfastes continuent de diminuer. Pourtant, des millions de filles dépendent encore de notre volonté collective d’agir”.

Unicef Luxembourg soutient des projets concrets, notamment au Cap-Vert, “pour protéger les filles, accompagner les survivantes et transformer durablement les normes sociales qui perpétuent cette violence”, souligne Sandra Visscher, directrice d’UNICEF Luxembourg.

Car il est possible de mettre fin à ces pratiques, conclut l’association. “Les solutions sont connues et ont fait leurs preuves : prévention au sein des communautés, éducation, protection des filles à risque, accompagnement des survivantes et transformation durable des normes sociales et de genre.”

Plus d’informations sur le site d’Unicef Luxembourg.

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