EspaceUne sonde luxembourgeoise s'est crashée sur la Lune

RTL Infos
Un objet conçu au Luxembourg a atteint la Lune. Mais contrairement à tous les autres objets fabriqués par l'homme qui se retrouvent sur notre satellite naturel, celui-ci est tombé là par hasard. Explications.
© Shutterstock

La Lune compte désormais un cratère de plus. Un étage de fusée en déshérence depuis des années s'est écrasé sur notre satellite naturel vendredi 4 mars. L'événement n'ayant pu être observé directement, il faudra encore attendre pour en avoir la preuve en images.

UN CRASH À 9.000KH/H

L'impact a eu lieu à 12H25 GMT sur la face cachée de la Lune, selon l'astronome Bill Gray, qui avait le premier identifié la collision à venir.
Fonçant à plus de 9.000 km/h, l'objet cylindrique devrait avoir creusé un cratère de "10 à 20 mètres de diamètre".

Sa trajectoire avait été calculée à l'aide d'observations réalisées par des télescopes sur Terre. "Nous avions énormément de données sur cet objet", a souligné Bill Gray. "Sauf s'il a été retiré par une main maléfique, il a percuté la Lune ce matin".

L'identification de la fusée en question a fait débat, personne n'étant officiellement chargé de répertorier et suivre les déchets spatiaux dans l'espace lointain.

M. Gray, créateur d'un logiciel utilisé par des programmes d'observations financés par la Nasa, les surveille afin qu'ils ne soient pas confondus avec des astéroïdes, et ainsi inutilement étudiés.

Après avoir d'abord cru que ces restes provenaient d'une fusée de SpaceX, il a finalement annoncé qu'il s'agissait d'un engin chinois. Plus précisément, l'étage d'une fusée Longue-Marche, ayant décollé en 2014 pour une mission nommée Chang'e 5-T1, dans le cadre du programme d'exploration lunaire du pays.

Pékin a démenti, assurant que l'étage était "rentré sans danger dans l'atmosphère terrestre et avait entièrement brûlé". Mais selon Bill Gray, la Chine a confondu deux missions aux noms similaire, et parlait en réalité d'une fusée lancée bien plus tard.

UNE SONDE FABRIQUÉE PAR LUXSPACE

Le débris spatial en question serait une charge utile embarquée par la fusée chinoise. Une sonde fixée à l’étage supérieur de la fusée Longue Marche 3B. Elle était baptisée Manfred Memorial Moon Mission (4M).

© ESA

La mission a été le premier survol lunaire financé par des fonds privés le 28 octobre 2014. Elle avait été conçue par LuxSpace, une entreprise filiale d’OHB AG, basée au Luxembourg.

Contacté par RTL5minutes, Edgar Milic, Directeur de LuxSpace nous a confirmé que leur sonde était bien attachée à l'étage supérieur d'une fusée chinoise lancée en octobre 2014. "La mission de l'étage supérieur était d'exécuter un survol de la Lune, puis de revenir vers la Terre pour brûler en toute sécurité dans l'atmosphère. La charge utile que nous avons fournie était une expérience de radio amateur en l'honneur du fondateur du groupe OHB, Manfred Fuchs."

Il ajoute que "D'après les informations de l'époque, l'étage supérieur brûlait effectivement dans l'atmosphère terrestre peu de temps après son lancement dans tous les cas, la durée de mission de notre charge utile était très courte, puisque les batteries embarquées sur la charge utile n'étaient pas rechargeables et avaient donc une durée de vie nominale d'environ 8 jours."

Quoiqu'il en soit, le cratère formé par ce crash ne pourra être observé que par la sonde LRO (Lunar Reconnaissance Orbiter) de la Nasa, ou l'indienne Chandrayaan-2, toutes deux en orbite autour de cet astre.
L'agence spatiale américaine avait confirmé fin janvier vouloir trouver le cratère, mais prévenu que l'opération pourrait prendre des semaines. Selon Bill Gray, les deux sondes peuvent observer toute région lunaire une fois par mois.

COLLISION ACCIDENTELLE AVEC LA LUNE

Il n'est pas inhabituel que des étages de fusées soient abandonnés dans le cosmos après avoir propulsé ce pour quoi elles avaient été lancées. Mais c'est la première fois qu'une telle collision non intentionnelle avec la Lune est identifiée.

En revanche, des étages de fusée ont déjà été projetés contre la Lune à des fins scientifiques par le passé, comme durant les missions Apollo.
Etudier le cratère formé et la matière remuée pourrait ainsi faire avancer la sélénologie, l'étude scientifique de la Lune.

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