
Les problèmes de mobilité, les prix de l'immobilier qui s'envolent, les inégalités qui se creusent... Derrière ces arbres se cache une forêt de problèmes au Luxembourg. Parmi les mieux implantés, on retrouve le racisme.
Bien qu'il soit multiculturel et ouvert à l'international - en témoignent les 163 nationalités recensées à Luxembourg-ville - le pays figure également parmi les pays européens les plus soumis aux problèmes de discrimination raciale. Notamment lorsqu'ils sont banalisés, voire "structurels" comme l'affirme le député Sven Clement (Piraten).
En 2018, l'étude européenne "Être noir dans l'UE" révélait qu'au Luxembourg, 50% des personnes d'origine africaine "ont éprouvé le sentiment d’être victimes de discrimination raciale au cours des cinq années précédant l'enquête". Un très mauvais résultat à l'échelle de l'Union. C'est notamment le cas lors de l'accès à un logement: 36% des répondants se sont dits concernés au Luxembourg et 28% affirment avoir essuyé un refus à cause de leur origine.
En plus de fermer des portes, les préjugés racistes se transforment parfois en plafond de verre. Toujours au Grand-Duché, 71% des participants à l'enquête font partie d'un ménage dont le revenu est inférieur au seuil de risque de pauvreté, soit moins de 2.013€ par mois en 2018. Une donnée inquiétante si l'on considère que 17% de la population résidente figure sous ce seuil.
En plus du racisme ordinaire subi par ces minorités, l'étude estime que 11% des personnes contactées ont été victimes de "violence raciste", y compris les agressions commises par un agent de police. Soit un des plus haut taux en Europe, signe qu'il y a matière à travailler.
À lire également : "Certains préfèrent perdre des loyers que de louer à des étrangers"Le 1er juillet, alors que la mort de George Floyd avait déjà provoqué la tenue d'une manifestation au Luxembourg, la Chambre a consacré une heure d'actualité au thème du racisme. Des motions de Max Hahn (DP) et de Sven Clement, largement plébiscitées par les votes des députés, ont obtenu du gouvernement la réalisation d'une étude sur le phénomène du racisme au Luxembourg, dont les résultats devront être publiés fin 2021. Le ministère de l'Intégration de Corinne Cahen sera chargé de conduire cette étude.
Les députés ont également décidé d'une plus grande implication du Centre pour l'égalité de traitement - chargé de lutter contre les discriminations - et l'élaboration d'un état des lieux des politiques anti-discriminatoires de l'Etat ainsi que d'un plan d'action à appliquer.
En plus de ces mesures, la ministre Corinne Cahen a estimé que le combat contre le racisme passerait par "l'éducation et la sensibilisation", notamment à l'école. Dans une réponse à une question parlementaire d'Yves Cruchten (LSAP), elle avance que la thématique est déjà largement étudiée, que ce soit indirectement (au fondamental) ou directement (au secondaire).
Ce que le gouvernement ne dit pas, c'est que de ce combat dépend le modèle d'ouverture et de multiculturalisme du Luxembourg, aujourd'hui un des principaux pouvoirs d'attraction pour les résidents et les entreprises. Difficile alors d'imaginer ce modèle survivre s'il ne se débarrasse pas de ces problèmes de discriminations.