Témoignage exclusifUn pompier luxembourgeois: "En Haïti, les gens se battent pour manger!"

Maurice Fick
Les catastrophes humanitaires, Yves Legil connaît. Premier volontaire déployé en Haïti après le séisme, l'expert luxembourgeois parle de sa mission pour l'ONU dans une ambiance sécuritaire "très tendue" et un quotidien spartiate.
© Yves Legil

"La tension est grandissante. il y a toujours des débordements lors des distributions de nourriture qui ne se passent pas bien. Les gens se battent pour avoir à manger, c'est impressionnant à voir", raconte d'une voix posée Yves Legil, 43 ans, depuis Les Cailles. L'arrondissement a été touché de plein fouet le 14 août, quand un séisme de magnitude 7.2 a ravagé la péninsule sud-ouest tuant plus de 2.200 personnes et détruisant des dizaines de milliers de bâtiments.

Son témoignage fait écho aux craintes de menace de la famine exprimées très récemment par Marie-josée Jacobs, présidente de Caritas Luxembourg, au micro de RTL Radio.

Pour venir en aide aux populations sinistrées, le Luxembourg a dépêché neuf professionnels de l'aide humanitaire d'urgence sur place. Parti quatre jours après la catastrophe à la demande du gouvernement, le pompier du CGDIS est le premier volontaire luxembourgeois arrivé dans le chaos d'Haïti où la rentrée, initialement prévue ce lundi 6 septembre, vient d'être  repoussée au 4 octobre dans les trois départements du sud, ravagés par le tremblement de terre.

Déjà confrontée à une vive tension politique avant l'assassinat de son président, Jovenel Moïse, Haïti a plongé un peu plus encore dans l'incertitude: "Il y a des pillages de convois" et "pas mal de gangs qui circulent", raconte Yves Legil. Depuis plus de quinze jours, il est le témoin direct d'une insécurité palpable, notamment due aux affrontements entre gangs et aux conditions de vie très précaires des Haïtiens.

Embauché par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l'Organisation des Nations Unies, le pompier luxembourgeois fait partie d'une équipe de neuf experts. Se déplaçant avec des chauffeurs locaux dignes de confiance: "On se rend sur le terrain pour constater exactement ce qui s'est passé, ensuite on traite ces données et nous faisons des propositions à l'État haïtien pour gérer au mieux la situation. Nous l'assistons pour lui donner une vue d'ensemble et pour coordonner les équipes de secours internationales", explique Yves Legil.

Près de trois semaines après le séisme, "Tous les blessés ont été pris en charge mais il y a toujours des besoins médicaux. Il y en avait déjà avant le tremblement de terre car beaucoup d'infrastructures ne fonctionnaient déjà plus". Mais ce dont les sinistrés manquent le plus "c'est de la nourriture, de l'alimentation en eau et en bâches. Car la saison des cyclones a commencé et il faut absolument qu'ils aient un toit sur la tête".

Les membres de l'équipe UNDAC dorment toujours en tente car "il y a encore des secousses", assure Yves Legil. Il a une certaine expérience de ce genre de situation pour avoir déjà vécu de type de mission extrême après le tsunami en Thaïlande en 2004 et le tremblement de terre au Népal en 2015.

Chef du département Formation de base à l'Institut national de formation des secours (INFS), il prévient:"Il faut être préparé (pour ce type de mission). C'est quelque chose que tout le monde ne peut pas faire. Il faut aimer le camping, s'arranger avec des seaux d'eau pour prendre sa douche et s'adapter à un environnement culturel très différent du sien".

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