
Le Luxembourg perd en attractivité depuis des années. On le savait déjà mais ce mardi, une étude du LISER est venue quantifier le phénomène tout en apportant d’autres détails importants à la compréhension des dynamiques qui existent sur le marché du travail. Si le nombre de nouveaux arrivants est resté élevé entre 2002 et 2024, leur profil a beaucoup évolué.
“Les travailleurs ayant la nationalité d’un des trois pays frontaliers (Allemagne, Belgique et France) représentent désormais une part plus faible qu’auparavant parmi les nouveaux entrants”, peut-on lire dans le communiqué du Ministère de l’Economie. Alors qu’ils représentaient encore 73% des nouveaux arrivants en 2002, cette proportion a chuté à 46% en 2024. La place des travailleurs immigrés a fortement progressé.
La part des ressortissants de pays non-européens augmente depuis plusieurs années alors que d’autres groupes de nationalités, comme les Portugais, quittent de plus en plus le pays. Certains vont s’installer à la frontière alors que d’autres rentrent simplement au pays. En ce qui concerne les travailleurs frontaliers (+15.200 en 2024), ce sont les Français qui continuent à prendre une place de plus en prépondérante dans les statistiques.
La part des Belges et des Allemands, elle, continue à reculer. De plus, le LISER a constaté qu’une part importante des frontaliers primo-arrivants étaient nés “dans un pays différent de leur pays de résidence”. Cette part s’élevait à 62% pour les frontaliers venant de Belgique, 42% pour ceux venant d’Allemagne et 38% pour ceux venant de la France. Ils travaillent, pour la plupart, dans des secteurs nécessitant moins de qualifications (construction, transport, entreposage), note le LISER.
À l’inverse, les travailleurs immigrés s’orientent de plus en plus vers des secteurs “à forte intensité de compétences”. Cela comprend les activités spécialisées, scientifiques et techniques ainsi que les activités financières et d’assurance. À titre de comparaison: alors qu’entre 2002 et 2005, 66% des travailleurs immigrés exerçaient des métiers manuels, ils n’étaient plus que 29% entre 2021 et 2024.
Un marché du travail dynamique donc? Oui et non. Parce que le Luxembourg a énormément de mal à conserver ces travailleurs. Que ce soit les primo-arrivants immigrés ou les primo-arrivants frontaliers, nombreux sont ceux qui font le choix de quitter le pays dans les années qui suivent leur arrivée. “Environ 30 % des primo-arrivants sur le marché de l’emploi quittent le Luxembourg dans l’année suivant leur arrivée et 50 % quittent le pays endéans les cinq ans”, écrit le LISER.
Un constat alarmant qui vient confirmer ce que disent les grands employeurs du pays depuis longtemps: on a de plus en plus de mal à retenir les talents au Luxembourg. Si c’est déjà un challenge de les faire venir, il semble être devenu tout aussi complexe de leur donner des raisons de rester. Et on le sait parfaitement, une grande partie du problème réside dans l’état du marché du logement luxembourgeois.