
Caritas part du principe qu'en ce moment, plusieurs centaines de personnes sont à la rue au Luxembourg. Des chiffres concrets n'existent pas, comme le regrette le directeur général de Caritas Marc Crochet qui attend depuis plusieurs années les données promises par les autorités. Il se base sur l'action hivernale "Wanteraktioun" dont ont profité plus de 800 personnes l'année dernière.
Ces dernières années, l'ONG a remarqué que principalement les jeunes de 18 à 25 étaient exposés à un risque important de se retrouver à la rue ou dans une situation précaire. Vu le manque de chiffres fiables, le directeur général de Caritas parle d'une "tendance". Les services ou les aides proposés au Luxembourg ne sont pas adaptés aux jeunes: "on peut parler d'un "no man's land" pour les jeunes âgés de 18 à 25 ans, car en dessous de 18 ans, des aides aux mineurs sont prévues et le REVIS n'est prévu que pour les personnes de plus de 25 ans", déplore Marc Crochet.
Les structures offrent un nombre de places suffisant mais ces services ne sont pas adaptés aux jeunes: "en les mélangeant à des personnes qui ont passé toute leur vie dans la rue, cela pourrait les influencer dans le mauvais sens", souligne le directeur général de Caritas. L'ONG a d'ailleurs adapté ses aides en fonction de l'évolution de la situation avec une approche qui ne requiert aucune condition afin que des jeunes puissent bénéficier d'un logement. Le Luxembourg manque cruellement de créneaux thérapeutiques ainsi que du personnel qualifié pour prendre en charge les personnes qui en ont le plus besoin.
Selon Marc Crochet, un pays comme le Luxembourg ne devrait pas connaître le problème des sans-abri: "de plus en plus de personnes choisissent effectivement ce mode de vie, mais beaucoup d'autres n'ont pas le choix. D'autres pays comme la Finlande adoptent des modèles qui proposent tout d'abord un logement aux personnes dans le besoin. Elles sont ensuite prises en charge dans un milieu plus stable. De la sorte, de nombreuses structures d'urgence ont pu être désactivées".
Dernier sujet abordé lors de l'interview, la hausse des prix de l'énergie qui impacte directement le pouvoir d'achat des citoyens les plus vulnérables. Caritas souhaite des mesures ciblées et orientées vers les personnes qui en ont le plus besoin: "donner 100 euros à chaque ménage ne résout pas le problème", précise le DG de l'ONG qui propose d'augmenter l'allocation de vie chère afin de rattraper l'inflation. "Une mesure qui ne pourra cependant pas contrecarrer les effets d'une crise en Ukraine qui a pour conséquence l'explosion des prix du gaz. On pourrait peut-être également réfléchir à abaisser provisoirement le taux de TVA", propose enfin Marc Crochet.
