
Le projet de construction d'un data center Google à Bissen a déjà fait couler beaucoup d'encre. Le géant américain a pour projet de construire un centre de stockage de données de près d'un million de mètres carrés sur quatre étages sur un terrain de 30 hectares à Bissen. Un projet qui suscite de nombreuses oppositions, car trop énergivore.
Un data center c'est en effet très gourmand en électricité. Avec 2018 pour année de référence, la consommation du centre de données de Bissen représenterait 7% de la consommation nationale d'électricité dans un premier temps, puis 12% à terme.
Et la consommation d'eau interpelle également. Selon certaines sources, le nouveau centre de données pourrait consommer 10 millions de litres d'eau chaque jour. Ce qui représente près de 8% de l'eau potable du pays. Raison pour laquelle le Mouvement écologique fait tout pour s'opposer au projet.
Pour savoir si l'implantation d'une telle infrastructure risque de poser problème, nous avons voulu comparer à la situation de la région parisienne qui concentre beaucoup de data centers sur une petite zone géographique.
En 2021, l'Ile-de-France compte 124 "data centers" sur les 138 référencés sur le territoire français. Et la Seine-Saint-Denis constitue la première concentration de stockage de données en Europe, car avec son passé industriel le département possède "de grandes parcelles en friche à bas coût", précise Mme Diguet.
Interxion, l'un des leaders mondiaux, s'est offert l'usine Airbus Helicopters à La Courneuve pour implanter "le plus grand data center de France sur sept hectares", selon son directeur Fabrice Coquio.
En septembre, le groupe américain va inaugurer le premier bâtiment du mégacomplexe, un investissement "à plus d'un milliard d'euros", précise M. Coquio, qui avait installé son premier centre à Aubervilliers dès 2000.
Ses clients: Facebook, Google, Tinder... "Tous les grands acteurs de la tech américaine, des télécoms mais aussi des groupes français et des institutions".

L'augmentation de la consommation numérique, notamment avec le télétravail, le développement des objets connectés et l'intelligence artificielle, nécessite plus de stockage.
Et les contraintes pour s'installer "sont légères", estime Cécile Diguet, réalisatrice d'une étude sur les "data centers" en Ile-de-France, région qui approche la saturation en termes d'alimentation électrique et de disponibilité foncière.
Ces coffres-forts numériques peuvent avoir des effets "sur la santé", estime encore l'urbaniste qui pointe "les risques liés au stockage de fioul" destiné aux groupes électrogènes en cas de panne électrique, les ondes électromagnétiques ou le bruit des climatiseurs.
En 2015, deux habitantes de la Courneuve et l'association environnementale URBACTION'93 avaient obtenu l'annulation de l'arrêté préfectoral qui autorisait l'exploitation du "data center" d'Interxion dans une zone d'habitation. Le groupe a fini par obtenir son sésame après une remise aux normes.
Mais des voix s'élèvent encore pour contester son méga centre en construction le long de l'A86 à La Courneuve, là où le maire PCF Gilles Poux aurait préféré voir s'installer une école et des logements.
Dans l'Essonne, une agglomération a remporté une première étape contre la construction du "data center" d'Amazon à Brétigny-sur-Orge. La préfecture de région a opposé un refus d'agrément en avril mais le géant du numérique a déposé un recours gracieux.
Dans son arrêté, la préfecture note "qu'aucune solution de valorisation de la chaleur fatale (dégagée) produite par le projet (...) n'est proposée".
"Je ne suis pas contre les data centers", assure Eric Braive, président de Coeur d'Essonne qui regroupe 21 communes. "Mais nous disons à Amazon: vous êtes la plus grande entreprise du monde, vous ne pouvez pas faire un data center lambda. Il doit être le plus innovant possible et contribuer à la facture énergétique".

Ce futur centre "n'est pas accolé au chauffage d'une piscine ni de logements sociaux, c'est un produit énergivore qui perd cette énergie", regrette l'élu.
Amazon souhaite construire son centre près d'un bâtiment industriel lui appartenant, mais aussi à côté d'une ferme bio qui "produit 130 tonnes de légumes par saison", rappelle M. Braive.
L'élu espérait que la venue d'Amazon serait pourvoyeuse d'emplois. Mais le projet équivaut seulement à "100 ou 200 emplois maximum".
"Un data center, c'est très énergivore", concède le président de Scaleway. Pour son centre de Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise), la facture d'électricité s'élève à un million d'euros par mois. À perte de vue: des rangées d'ordinateurs, de serveurs ou de routeurs connectés à des fibres optiques.
Mais ce "data center" n'utilise pas de climatisation et "consomme entre 40 et 50% d'énergie en moins", en employant un système "ancestral" dit "adiabatique", se félicite Arnaud de Bermingham. La chaleur dégagée par les machines, en surchauffe permanente, est mélangée à l'air extérieur et réutilisée pour refroidir les ordinateurs.
S'il est impossible de se passer des "data centers", "des technologies vertueuses sont possibles", assure le chef d'entreprise.