
Non, le gouvernement ne s’est pas “racheté” le dialogue social aux frais de la collectivité, a affirmé le ministre des Finances Gilles Roth en direct mercredi soir dans le journal télévisé de Raphaëlle Dickes.
Les 450 millions d’euros que coûtent les mesures seront “bien investis dans la paix sociale et la tranquillité” du pays : “Nous avons investi dans le pouvoir d’achat, nous avons investi dans la compétitivité des entreprises et l’ensemble est quelque chose qu’il faut considérer globalement.”
Cet accord relativement rapide de la tripartite a pu susciter un sentiment étrange chez certains. Le ministre des Finances a justifié : le paquet de mesures issu de la tripartite est un compromis, un consensus entre les partenaires sociaux, c’est-à-dire le patronat, les syndicats et le gouvernement. Et les mesures concernant le carburant, le mazout, l’électricité et le gaz ont été prises pour freiner l’inflation : "Le fait que des tranches indiciaires ne soient pas déclenchées aussi rapidement aide donc toutes les entreprises."
Et en ce qui concerne les ménages, le salaire minimum a été relevé, et cela de manière très ciblée via un crédit d’impôt, le crédit d’impôt salaire social minimum : "Cela ne représente pas une charge pour les entreprises". Les salariés au salaire minimum, qui se trouvent dans une situation difficile, obtiendront ainsi un salaire net plus élevé. Selon Gilles Roth, cette mesure sera maintenue au-delà de 2028, même si elle représente un coût pour l’État.
Le reproche selon lequel l'ajustement de l’inflation dans le barème fiscal profiterait à tout le monde et ne serait donc pas socialement ciblé, est réfuté par le ministre des Finances : le gouvernement actuel a réduit la charge fiscale pour le contribuable moyen d’environ 20,38 % en moyenne. "C’est beaucoup. Nous l’avons fait parce que nous voulons donner plus de pouvoir d’achat aux citoyens." Et à travers le barème fiscal, une composante sociale entre aussi en jeu : "Nous avons un taux d’imposition progressif, cela signifie que plus on gagne, plus le taux d’imposition est élevé." Que la redistribution sociale se fasse via le barème fiscal, est en tout cas la bonne approche pour le ministre.
Le fait que la progression du taux d’imposition soit plafonnée est également jugé juste par Gilles Roth : "Les personnes qui gagnent beaucoup paient 42 % d’impôts sur tous leurs revenus [au-delà de ce plafond]. Et à cela s’ajoute encore l’impôt de solidarité, ce qui signifie qu’elles se situent de facto au-delà de 45 %. Je pense que c’est une charge fiscale qui est aussi socialement équitable."
La porte-parole des Verts à la Chambre, Sam Tanson, a déclaré mercredi matin sur RTL, qu’elle attendait d’un ministre des Finances "franchise, transparence et vision à long terme". Confronté à cette critique, le ministre a répondu que les 800 millions d’euros supplémentaires présents dans les caisses de l’État au 31 mai n’avaient pas été "trouvés du jour au lendemain", mais résultaient d’une évolution positive des recettes fiscales issues de l’économie.
En ce qui concerne le déficit de 1,4 milliard d’euros de l’État central, Gilles Roth en a expliqué la moitié par l’augmentation des dépenses militaires, qui passent de 600 millions à 1,2 milliard, ainsi que par des dépenses plus élevées en faveur du logement abordable, pour lequel le gouvernement a "volontairement et en toute connaissance de cause" mis 250 millions d’euros supplémentaires sur la table. "Le logement abordable est demandé de toutes parts à la Chambre, mais quand on dit A, il faut aussi dire B. Et si quelqu’un estime que le ministre des Finances manque de vision à long terme, je veux simplement répondre que nous en avons."
Le gouvernement a en effet donné plus de pouvoir d’achat aux citoyens, allégé la charge fiscale des parents isolés et des veufs et veuves, et maintenant celle des bénéficiaires du salaire minimum ; "et en 2028, avec la réforme fiscale, toutes les autres personnes auront également un allégement fiscal en conséquence", en particulier les jeunes, afin qu’ils puissent bien vivre ici, car le pays a besoin de talents, mais aussi de cohésion sociale et de paix sociale : "Ce n’est pas une bonne chose, et cela n'est bon ni pour le gouvernement luxembourgeois ni pour le pays, que nous ayons chaque mois 10.000 à 12.000 personnes rassemblées sur le Knuedler." Le dialogue social fonctionne désormais, selon Gilles Roth.
Pour combler les trous dans le budget, le ministre mise sur une économie dynamique, qui générera davantage de recettes fiscales, et il a indiqué qu’il serait souhaitable que la hausse des dépenses de l’État d’une année à l’autre, en pourcentage, commence par un 5 (et non par un chiffre plus élevé). "Ainsi, à la fin de l’année, nous ne serons pas dans une si mauvaise situation."
Et la grande réforme fiscale reste prévue pour 2028. Le gouvernement a reçu une bonne note du Conseil d’État et, si tout se passe bien, la Chambre pourrait voter le projet à l’automne. À partir de 2028, il y aurait alors une classe d’imposition unique, “afin d’adapter notre système fiscal à une société moderne.”
Beaucoup de personnes l’ont réclamée pendant des années, le CSV et le DP y sont favorables, pour tous les autres, le moment est venu de dire : “Les actes comptent.”