Une application sans frontièresStopCovid: efficace pour les frontaliers?

RTL Infos
Le mardi 2 juin dernier, le gouvernement français a lancé l'application de traçage StopCovid. Qu'en est-il de son fonctionnement pour les personnes traversant les frontières?
App Stop Covid
Reportage: Jérôme Didelot, Tom Zeimet

Céline Sorio est une parfaite frontalière. Et même une parfaite "transfrontalière", pourrait-on dire. Originaire la commune mosellane de Petite-Rosselle, dont la route principale sépare l'Allemagne de la France, Céline réside désormais à Haute-Rentgen en Moselle mais travaille à Pontpierre au Luxembourg. Autant dire que la notion de frontière est des plus symboliques pour cette jeune mère de famille.

"C’ÉTAIT IMPORTANT POUR MOI DE TÉLÉCHARGER CETTE APPLICATION"

Européenne convaincue, Céline n'en reste pas moins une citoyenne concernée par les enjeux nationaux, en particulier quand ils relèvent de la santé. C'est donc tout naturellement qu'elle a choisi de télécharger l'application StopCovid. "Vu le contexte bien particulier de ce Covid-19, précise-t-elle, ça peut toucher tout le monde, je pense que c’est bien de se préserver et de préserver les autres. C’était important pour moi de télécharger cette application."

StopCovid n'a pas d'équivalent au Luxembourg, où l'on est plutôt réticent au développement d'une telle application jusqu'à présent.

Mais l'utilité de StopCovid au Grand-Duché peut se concevoir du fait que l'application s'appuie sur l’enregistrement des contacts par Bluetooth, système moins intrusif qu’une géolocalisation, et non sur le réseau téléphonique. De ce fait, un utilisateur peut logiquement recevoir une notification si une personne qu'il a croisée a été testé positive, même sur un autre territoire que le sien. Encore faut-il que cette personne utilise l'application et laisse le Bluetooth activé.

"LES LUXEMBOURGEOIS ONT TOUT INTÉRÊT À UTILISER STOPCOVID"

Du côté de l'INRIA, pilote du développement du prototype, on a passé beaucoup de temps ces derniers jours à répondre aux nombreuses questions des premiers utilisateurs, notamment celles des frontaliers. On leur recommande en général de télécharger l'application locale du pays où ils travaillent en plus de StopCovid, du fait qu'il n'y a pas encore d’interopérabilité. Mais dans un cas comme celui du Grand-Duché, qui n'a pas développé d'application, on aimerait, à l'INRIA, qu'un maximum de Luxembourgeois téléchargent StopCovid, surtout que beaucoup d'entre eux côtoient des Français au travail.

"Moi, j’ai fait le test vendredi dernier, poursuit Céline. J’ai été testée négative mais je ne vais pas renseigner cette information. C’est seulement si ça avait été positif que j’aurais pu l’indiquer." En effet, seules les personnes qui ont été testées positives se voient proposer de le signaler dans l’application, ce qui permet aux autres de recevoir une notification disant simplement : "Vous avez rencontré quelqu’un qui a été testé positif, allez consulter votre médecin."

Il faut rappeler que les applications de traçage ont de nombreux détracteurs. L'un des points sensibles concerne la protection des données.  Le 27 mai dernier, l'Assemblée nationale votait assez largement (338 voix pour, 215 contre et 21) en faveur de la mise en place de cet outil de traçage numérique censé aider à lutter contre l'épidémie. StopCovid avait d'ailleurs atteint le million d'utilisateurs une semaine après son lancement le 2 juin. Pourtant de nombreuses voix se sont élevées contre, au nom de la protections des données, notamment dans une tribune signée par des informaticiens.

© afp

La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, avait tenté de rassurer devant les parlementaires français: "À chaque étape du processus, le consentement des personnes est requis et leur choix garanti. Le téléchargement de cette application, de cette installation, résulte d'une démarche volontaire de l'utilisateur. Son installation est libre et gratuite. Toutes les fonctionnalités ne pourront être activées que si l'utilisateur le souhaite et la désinstallation est possible à tout moment. En cas de dépistage positif au virus, l'utilisateur ne le notifiera dans l'application que s'il le souhaite."

Beaucoup de personnes demeurent méfiantes. Dans la petite équipe au sein de laquelle Céline Sorio évolue, dans une société spécialisée dans l'efficacité énergétique des ascenseurs, elle est la seule à avoir téléchargé StopCovid. Une attitude qui évoluera peut-être si le gouvernement luxembourgeois décide de développer sa propre application, qui pourrait être compatible avec StopCovid. En effet, l’interopérabilité avec les applications des autres pays européens est actuellement à l’étude. Un protocole nommé DESIRE pourrait permettre de concilier les choix de tous les pays européens.

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