Femmes enceintes"Rien ne prouve un risque de transmission de la mère au bébé"

Romain Van Dyck
Une étude évoquant un faible risque de transmission du Covid-19 de la mère au bébé a jeté le trouble. Au Luxembourg, un gynécologue rappelle que ce risque n'est absolument pas prouvé.
© Pixabay
La semaine dernière, plusieurs médias (dont RTL 5 minutes) ont relayé une dépêche de l'AFP qui livrait les conclusions inquiétantes d'une étude chinoise. Cette étude affirmait que la transmission du Covid-19 au foetus pendant la grossesse est "possible, bien que rare". L'étude a suivi 33femmes 

enceintes de la ville de Wuhan et découvert que seuls troisbébés avaient été infectés à la naissance.

Suite à cette publication, le Dr Pit Duschinger, gynécologue et président de la Société luxembourgeoise de gynécologie et d'obstétrique, a tenu à nous contacter pour tirer la sonnette d'alarme. Le problème de cet article de l'AFP, nous explique-t-il, "c'est qu'il concluait qu'on ne peut pas exclure une "transmission verticale" du virus, c'est à dire de la mère à son bébé. Or, là, scientifiquement, ça ne tient pas. Rien ne permet encore de prouver ce risque. Il n'y a pas encore de réponse à la question d'une possible transmission du Covid-19 à l'enfant".

UNE NOUVELLE ÉNIGME MÉDICALE

Il cite en contre-exemple une étudeplus récente, qui portait cette fois sur une demi-douzaine de bébés qui sont nés avec des symptômes proches du Covid-19. Or, "en les examinant, on n'a pas trouvé de Covid-19, mais des anticorps contre ce virus." Sachant qu'une partie de ces anticorps ont pu être transmis de la mère à l'enfant, et l'autre non! "C'est donc encore une énigme médicale" constate le médecin, qui précise d'ailleurs que tous ces bébés ont perdu leurs symptômes au bout de quelques jours.

Bref, "soyons prudent. Il faut une information transparente, sérieuse, et honnête sur ces sujets. C'est déjà la zizanie complète dans la population, donc ne rajoutons pas de l'huile sur le feu en provoquant l'angoisse des femmes enceintes."

Evitons de créer une psychose pour les femmes enceintes, plaide le gynécologue.
Evitons de créer une psychose pour les femmes enceintes, plaide le gynécologue.
© Pixabay

GARE AUX GYNÉCO QUI FONT DU ZÈLE!

Le Dr Duschinger en profite pour rappeler que les cabinets de gynécologie du Luxembourg doivent désormais respecter des règles strictes: "On a des consignes bien précises pour que les cabinets de gynécologie soient disponibles pour répondre aux patients uniquement en cas d'urgence, de suivi de grossesse et de service d'oncologie." Les actes non essentiels ne sont donc plus pris en charge, "et les professionnels qui ne respecteront pas ces consignes seront répertoriés, car c'est un grave manque d'éthique" prévient-il.

Quant aux consignes pour les femmes enceintes, elles sont simples: "Les femmes enceintes doivent se comporter comme tout le monde: éviter les interactions sociales, se protéger, ne pas trop sortir, préserver leur santé... c'est tout ce qu'on peut faire. Et réagir aux premiers symptômes, car on est très réactif au Luxembourg avec les tests de diagnostic". Il en profite pour rappeler que l'Organisation Mondiale de la Santé ne qualifie toujours pas les femmes enceintes de patientes à risque pour le Covid-19.

UN BABY-BOOM À CAUSE DU COVID-19?

Mais au fait, quelle incidence a le confinement sur la libido de ses patients? Va-t-on assister à une explosion des naissances dans 9 mois?

Le gynécologue, qui n'a évidemment pas de boule de cristal, s'amuse de la question, mais note tout de même deux tendances: "J'ai entendu pleins de patientes dire que l'enviesexuelle a diminué dans leur couple. À cause du climat d'inquiétude et d'incertitude avec le Covid-19, évidemment! Et bien sûr, on a d'autres personnes qui me disent, en gros, qu'avec tout leur temps libre, ils traînent dans leur lit en essayant de, disons... terminer la journée en beauté", rit-il.

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