
Il y a l'indexation des salaires... et la non-indexation du barème des impôts. Mais les deux vous concernent.
L'index est bien connu des Luxembourgeois et des frontaliers: à chaque fois que l'inflation atteint 2,5%, les salaires, traitements et pensions augmentent d'autant. Le dernier est tombé le 1er février 2023. Et le prochain arrive le 1er avril.
La non-indexation du barème d'impôt est plus complexe mais elle agit continuellement, pour l'index comme pour une augmentation de salaire accordée par l'employeur.
Lorsque l'index est déclenché, le travailleur gagne plus. Mais puisque le barème d'impôt ne bouge pas, l'effet est immédiat: plus vous gagnez d'argent, plus vous payez d'impôt. Ainsi, à chaque index, les travailleurs et retraités touchent moins que les 2,5% promis. Alors que l'index avait pour but de compenser l'inflation... C'est tout aussi vrai pour une augmentation accordée par l'employeur.
"Il est largement temps que cette augmentation de la pression fiscale rampante et cachée arrive à sa fin" signalaient les syndicats OGBL, LCGB et CGFP il y a quelques jours. "Sans ajustement du barème, ce pouvoir d’achat n’est compensé qu’au niveau du brut, alors qu’il continue à diminuer sur le net."
Ces derniers ont trouvé une position commune pour réclamer l'adaptation du barème d'impôt auprès du gouvernement. Des discussions sont justement prévues avant la nouvelle tripartite, qui débute le 3 mars. Le phénomène est aussi dénoncé par la Chambre des salariés.
Dans un décryptage publié jeudi, la Fondation Idea confirme que "l’indexation des barèmes permettrait d’assurer la neutralité par rapport à l’inflation du régime fiscal". Sans cette indexation, le surplus d'impôt affecte tout le monde. Mais avec l'indexation, les petits revenus seraient épargnés. Et pour tous les autres, l'imposition grimperait moins vite que ce que l'on connaît actuellement.
Selon Idea, l'indexation du barème a toutefois un désavantage: les gros et moyens revenus en profitent davantage que les petits revenus. L'autre limite, c'est son coût pour l'État, qui encaisse plus de recettes fiscales à chaque index appliqué sans adaptation du barème d'impôt.
Bien que la Fondation Idea juge la mesure "fondée à terme", elle ne la considère pas comme "urgente dans le présent contexte".
Ce contexte, c'est celui de la crise d'inflation qui dure depuis plus d'un an. Le Covid puis la guerre en Ukraine ont fait s'envoler les prix. La ministre des Finances Yuriko Backes a été claire sur RTL cette semaine: "Une adaptation du barème d'impôt ne serait pas responsable en ce moment. Nous vivons une crise économique, avec de nombreux imprévus. Une décision "structurelle" comme celle-ci influerait sur les prochains budgets."
Selon la Fondation Idea, l'indexation du barème d'impôt peut attendre car le surplus d'impôt prélevé sur chaque travailleur, chaque retraité, permet à l'État de se constituer des réserves à utiliser intelligemment.
Une "marge de manœuvre" utile en cas d'urgence pour aider les moins bien lotis par exemple. Comme ce fut par exemple le cas avec les dernières tripartites, dont les mesures ont ralenti l'inflation et surtout profité aux ménages à faibles revenus. Ou "vers l’indispensable transition environnementale, vers la transition numérique ou vers le financement d’infrastructures permettant de garantir une croissance économique plus durable au Luxembourg".
Les travailleurs et les retraités préfèreront peut-être toutefois que cet argent arrive directement dans leur portefeuille plutôt qu'il soit redistribué plus tard.
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