
Ce n'est pas vraiment une surprise au vu de l'incompréhension entre les travailleurs et le gouvernement CSV-DP affichée en ce début de mois, et au vu de la dégringolade de Luc Frieden qui s'est accentuée fin 2025 et pour son parti, le CSV, depuis de long mois. Ce nouveau sondage Ilres commandité par RTL et le Wort est sans appel pour le CSV, de loin le parti le mieux représenté à la Chambre (21 députés sur 60) depuis les élections législatives du 8 octobre 2023.
Si des élections avaient lieu ce dimanche au Luxembourg, le CSV présidé par Luc Frieden se prendrait une veste électorale qui resterait dans les annales de la politique luxembourgeoise. Au point que l'actuelle coalition gouvernementale entre CSV et DP ne serait plus possible puisqu'elle n'obtiendrait pas de majorité au parlement.
À mi-mandat, cette Sonndesfro ("Question du dimanche") affaiblit le poids électoral du plus grand parti du pays, comme jamais: le CSV perdrait 8 points d'un coup. Il obtiendrait 21,8% des voix contre 29,8% lors des dernières législatives il y a deux ans et demi. Ce qui est énorme.
Mais d'autres en profiteraient. À commencer par le DP, son partenaire de coalition, dont l'actuel ministre des Affaires étrangères et ex-Premier ministre, Xavier Bettel, reste une figure de proue sur l'échiquier politique, tout en haut du classement des personnages politiques préférés des Luxembourgeois en décembre. Avec 21,5% des votes, le parti démocratique se hisserait au niveau du CSV.
Directement sur leur talons, le LSAP, principal parti d'opposition, prendrait 2,7% pour grimper à 20,9% des voix et serait le grand gagnant. Il en résulterait un nivellement rare tout en haut de la pyramide des forces politiques puisque le CSV, le DP et le LSAP obtiendraient des scores quasi identiques.
Si les Pirates seraient en baisse (-2,9%), trois autres partis tireraient profit de cette nouvelle répartition des voix: l'ADR grâce à 1,8% d'électeurs en plus, passerait la barre des 10% pour obtenir 11,4%, Les Verts gagneraient 1,2% pour atteindre 9,5% des voix et Déi Lénk (La Gauche) obtiendraient 5,8% des voix (+2,2%).
Si on votait ce dimanche, l'actuel mariage politique entre CSV et DP ne serait mathématiquement plus possible. Le CSV perdrait 6 sièges au parlement et n'en obtiendrait plus que 15. Ce qui serait une catastrophe puisque le parti populaire chrétien-social n'a jamais compté moins de 21 députés dans ses rangs depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (actuellement et en 2013).
15 sièges, c'est autant que le DP qui gagnerait un siège. La combinaison historique entre le CSV et le LSAP ne serait pas possible non plus. Bien qu'il gagnerait trois députés, le LSAP plafonnerait à 14 sièges au sein de la Chambre.
"On passerait d'une majorité large de 35 sièges (21 pour le CSV et 14 pour le DP) à une situation où, en aucun cas, une coalition à deux partis serait possible pour obtenir la plus petite majorité", commente Thomas Crépon, directeur général d'Ilres.
En clair, une coalition à trois deviendrait une obligation pour parvenir à former une majorité gouvernementale au Luxembourg. Même si l'on pense à la formule "Gambia" (LSAP-DP-Verts) aux commandes de 2013 à 2023 (35 sièges selon notre sondage), bien d'autres combinaisons politiques seraient possibles sur le papier.
La nouvelle répartition des sièges couperait la Chambre des députés en quatre blocs. Les trois grands partis d'un côté. Et un dernier quart très morcelé qui regrouperait les députés de l'ADR (7), déi Gréng (6), Déi Lénk (2) et des Pirates (1) qui ont trois représentants actuellement à la Chambre.
À travers cette Sonndesfro, les syndicats se voient conforter dans leurs actions revendicatives. Pas plus tard que ce mardi l'OGBL et le LCGB ont, comme annoncé le 1er mai, lancé une nouvelle série d'actions syndicales devant le ministère du Travail à l'approche de la Tripartite. 66% des électeurs estiment que les syndicats ont raison de lancer des actions.
Dans cette même réponse, deux tiers des électeurs dénoncent la politique jugée trop libéral du gouvernement. Un avis largement partagé par les électeurs socialistes (81%) et écologistes (89%). Ils sont 76% au DP et plus que 54% au CSV.
Mais les électeurs ne sont pas contre le patronat pour autant: 56% des sondés comprennent très bien les patrons qui se défendent contre les syndicats qui voudraient immédiatement voir le salaire social minimum être réhaussé de 300 euros. Ils estiment que les entrepreneurs ne peuvent supporter une telle hausse structurelle.
Il ressort de ce sondage que la très grande majorité des Luxembourgeois (83%) sont favorables à la convocation d'une tripartite et sont d'avis que le gouvernement CSV-DP de Luc Frieden aurait dû convoquer une tripartite, bien plus tôt. Il faut préciser que le sondage avait été réalisé avant l'annonce du Premier ministre de rencontrer les partenaires sociaux. Alors même que le climat social se tendait au Luxembourg du fait de l'augmentation des prix des énergies liée à la guerre au Moyen-Orient, de la discussion autour de la nécessité d'augmenter le salaire minimum ou encore de la sauvegarde de notre système de santé. La tripartite est donc très attendue. Par les électeurs de tous bords, y compris du CSV (76%) et du DP (77%).
Cette Sonndesfro vient clairement confirmer que c'est logement qui est le problème numéro 1 de la politique au Luxembourg. Une écrasante majorité de sondés (88%) sont d'avis que ce sont les loyers bien trop élevés qui ne permettent pas de vivre avec le salaire minimum. Les jeunes de 18 à 24 ans sont même 93% à montrer la crise du logement du doigt.
La question fait l'unanimité chez les électeurs de tous bord: CSV (87%), DP (89%), LSAP (91%).
Alors qu'elle est au cœur de l'accord de coalition CSV-DP, la réforme fiscale ne devrait pas vraiment être une priorité gouvernementale. La question divise, mais 44% de l'électorat estime que le contexte général (faible croissance, chômage en hausse, guerre au Moyen-Orient et prix élevés des énergies) n'est pas propice à mener une grande réforme fiscale qui coûterait près d'un milliard par an à l'État. Même dans les rangs du CSV, 46% des électeurs estiment que ce n'est pas le moment
Souvent remise en cause ces derniers temps pas Donald Trump, l'OTAN reste une organisation de défense fiable pour l'Europe aux yeux de 56% des Luxembourgeois interrogés via ce sondage. Ils pensent qu'en cas d'urgence, c'est l'OTAN qui permettra de défendre le Vieux continent. C'est surtout l'opinion de 64% des électeurs du CSV et du DP, et de 62% de l'électorat socialiste.
A contrario, plus d'un tiers des électeurs ne voient pas les choses de cette manière. Ce qui est le cas de 54% de l'électorat de l'ADR et de 77% du parti communiste.
Pas de doute sur la question de l'interdiction des réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans au Luxembourg: 71% des Luxembourgeois sondés y sont favorables.
76% des électeurs de 65 ans et plus sont pour cette mesure. Chez les plus jeunes (de 18 à 24 ans), ils ne sont plus que 58%, tandis que 40% sont contre.
Ce sondage a été réalisé entre le 13 et le 24 avril 2026 par téléphone et en ligne auprès de 1.863 personnes en âge de voter. 1.156 interviews ont été faites par téléphone, 223 sur des téléphones fixes et 933 sur des téléphones portables. 707 interviews ont été faites sur internet.
Retrouvez tous les détails sur le site de l'Autorité luxembourgeoise indépendante de l'audiovisuel Alia.lu.
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