
Les caves de Vinsmoselle à Wellenstein, pas très loin de Remich, ressemblent à une ruche ces temps-ci. Planté au milieu de vignes, c'est le plus grand site de production de vin du pays. En trois semaines, il va voir défiler dans ses dix presses, les raisins qui ont mûri tout l'été sur près de 460 hectares de vignes s'étalant de Schengen à Greiveldange. Le ballet des bennes à vendange ou des remorques chargées de bacs des 110 vignerons de la cave coopérative est soigneusement planifié.

La récolte des différents cépages est décidée en comité par les vignerons, qui sentent battre le pouls de leur vigne, en concertation avec le maître de chai qui va devoir produire les meilleurs vins avec les baies collectées. "On a commencé par l'auxerrois. C'est en cuve. Hier on a rentré le rivaner, bientôt on commencera avec le traminer. Maintenant c'est au tour du pinot gris et du pinot blanc", explique Eugénie Dosdat. La pétillante assistante de la cheffe caviste et œnologue observe une nouvelle livraison de pinot gris justement.
Le réfractomètre de l'échantillon de jus fraîchement pressé qui arrive sur le seuil de la porte, donne le ton: 112 degrés Oechsle. "Ce qui nous fait 14,19 % de degré d'alcool potentiel. C'est beaucoup ! ", lâche l'assistante de la cheffe caviste en faisant de gros yeux. Selon les millésimes, la teneur d'alcool du pinot gris luxembourgeois tourne autour de 12,5 %. "Après on rééquilibre en cave" aves les cargaisons de raisins du même cépage qui arriveront au fil de la journée.
C'est la bonne nouvelle de ces très précoces vendanges 2026 sur les coteaux de la Moselle luxembourgeoise où les sécateurs ont commencé à claquer dès le 3 septembre: la forte concentration en sucre dans les raisins.
"Normalement j'ai entre 11,5% et 12,5% de teneur d'alcool. Cette année il y a des vignes dans lesquelles on passera à 13 voire 13,5%", annonce Serge Gales, vigneron à Bech-Kleinmacher où il bichonne 17 hectares, en famille. "Qualitativement c'est une bonne année. On atteint des degrés extrêmes et il n'y a pas de pourriture sur les baies. C'est même la récolte la plus qualitative que j'ai faite", assure le vigneron expérimenté au pied du "Naumberg" où les vendangeurs s'activent ce jour-là.
En cet été exceptionellement beau et très sec, le plus chaud jamais enregistré au Luxembourg selon Meteolux (site météo officiel du gouvernement), le raisin a mûri bien plus vite que d'ordinaire. Au Luxembourg, la température moyenne était de 2,7 °C plus élevée qu'au cours des trente années (1991-2020) qui servent de période de référence. "La chaleur et l'ensoleillement exceptionnel qui a favorisé la photosynthèse de la vigne, ont eu pour effet de concentrer les raisins en sucre. Mais il y a eu peu d'eau. Ce qui donne des grappes qui ne sont pas très grosses et des baies peu diluées", traduit Eugénie Dosdat.

"Pas de pluie, pas de jus ! En terme de rendement, c'est une petite vendange", résume la cheffe caviste, Charlène Muller, le maillot mouillé tant il y à faire en cet instant-clé de l'année viticole. Dans les caves de Wellenstein, les cuves de plusieurs dizaines de milliers de litres de jus frais se remplissent vite, mais "on n'est pas stressé au niveau des capacités" -entendez de stockage- tempère Charlène Muller. "Normalement, on rentre 3,5 millions de litres ici. Pour ces vendanges on sera aux alentours de 2,5 millions de litres", jauge-t-elle. C'est la mauvaise nouvelle de ces récoltes 2026. Et dehors, "les vignerons sont déçus", glisse-t-elle, en levant les sourcils.
"Quantitativement c'est comme en France, on aura la moitié. Je suis payé au kilo et au sucre. Il y a moins de vin, donc moins de sous !", grogne Serge Gales, notre vigneron de Bech-Kleinmacher qui tire nerveusement sur sa cigarette. Comme il a fait trop beau et beaucoup trop sec cet été 2026, il a besoin de davantage de raisins pour parvenir à produire la même quantité de vin que d'ordinaire. "Une année normale, j'ai besoin de 1.300 kilos de raisins pour dix hectolitres de vin. Cette année, il me faut entre 1.500 et 1.600 kg de raisins pour produire la même quantité de vin", explique Serge Gales. Mais l'homme a de la bouteille et, l'expérience aidant, il préfère regarder le verre à moitié plein et comparer l'année exceptionnelle à celle de 1976, année de sécheresse de réfence. Pas de doute: 2026 "ça va être une récolte avec des vins exceptionnels".

La première semaine de fermentation étant passée, le "Fiederwäissen", le fameux vin bourru "est prêt", assure Nathalie qui accueille les clients dans le shop à Wellenstein. Elle confie qu'"il sera livré partout dès ce jeudi et il sera disponible à la vente dès ce matin". Soit cinq jours plus tôt qu'en 2025.
Dans les caves de Wellenstein, au cœur de la production, les salariés et experts de fabrication des vins savent qu'en réalité "le travail de cave ne fait que commencer. Il y a tout le suivi du processus de fermentation, le soutirage, le décuvage etc. pour qu'au final les vins soient propres et claires", pose Eugénie Dosdat. Les grappes de raisins pour les vins rouges par exemple, ne sont pas pressées tout de suite, elles massèrent avant de donner leurs jus. Les consommateurs devront patienter douze mois avant de pouvoir déguster le crémant luxembourgeois 2026 si prometteur.
