
Le directeur de la Chambre de Commerce, Carlo Thelen, a cité l'exemple de la réforme luxembourgeoise des retraites qui, selon lui, est restée en deçà des ambitions affichées. Pour l'intervenant invité, Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès, les réformes doivent pouvoir être acceptées par l'opinion publique.
Selon Gilles Finchelstein, la question de savoir comment réussir à mener à bien des réformes constitue l'un des grands défis auxquels sont confrontées nos démocraties occidentales.
“Si le mot réforme est entendu par l'opinion simplement comme un synonyme de régression, eh bien il va être très difficile de réformer. Et donc réfléchir aux conditions d'acceptabilité des réformes, je pense que c'est une des grandes tâches pour tous les démocrates. Acceptabilité, ça veut dire que les efforts soient justement répartis en fonction des capacités de chacun. Acceptabilité des réformes, ça veut dire aussi que tous les bénéfices ne doivent pas être des bénéfices futurs, mais qu'il faut aider aux mutations qui sont à l'oeuvre.”
Il cite l'exemple de l'électrification de la mobilité. Beaucoup de personnes seraient prêtes à passer à la voiture électrique si elles étaient accompagnées dans cette démarche.
“... si les véhicules électriques coûtaient moins cher, s'il y avait des aides justement pour l'achat qui sont amorties après, s'il y avait suffisamment de bornes de recharge, si l'autonomie était suffisamment bonne. Et donc c'est cet accompagnement à la réforme qui fait qu'elle sera possible parce qu'elle est nécessaire.”
Gilles Finchelstein compare l’évolution de nos démocraties depuis la Seconde Guerre mondiale aux différents états de la matière en physique : d’abord solide, la matière s'est liquéfiée avant de se retrouver à l’état gazeux. Alors qu’autrefois il n’existait essentiellement qu’une grande fracture politique entre la droite et la gauche, avec des électorats fidèles de chaque côté, d’autres lignes de fracture sont apparues, notamment sous l’effet de la politique européenne, qui a divisé et morcelé les deux camps.
Entre-temps, les sondages montrent qu’en France jusqu’à 60 % des électeurs changent d’avis au cours des 100 derniers jours précédant une élection, soit sur leur intention de voter, soit sur le candidat ou le parti pour lequel ils voteront. Cette évolution contribue également à rendre les réformes plus difficiles à mettre en œuvre.
“Il n'y a rien d'inéluctable et il n'y a rien d'irréversible. La démocratie dépend de ce que font les citoyens.”
Mais alors, que doivent faire les citoyens pour leur démocratie ?
“Il faut s'intéresser au débat public et voter. Mais il y a mille et une manières de s'engager. On peut s'engager en simplement s'informant. On peut s'engager dans les différentes associations, dans les corps, dans les corps intermédiaires. On peut s'engager pour des causes. Il y a beaucoup de manières de s'engager si on est attaché à la démocratie.”
Interrogé par le public à la Chambre de Commerce sur la question de savoir si les réseaux sociaux ne contribuent pas à fragiliser davantage nos démocraties, Gilles Finchelstein a répondu qu'il ne fallait pas laisser à l'extrême droite la maîtrise des réseaux sociaux. Selon lui, les partis plus modérés éprouvent des difficultés à s'adapter à ces nouveaux médias pour deux raisons.
“Trop souvent, ils ont regardé ces nouveaux médias comme un peu avec une sorte de condescendance, y voyant une forme de remise en cause d'une espèce de monopole de la parole légitime qu'il pouvait avoir dans une situation où chacun pouvait s'exprimer. Et donc, Voilà, nous sommes dans un nouveau monde, et il faut faire avec. Et il y a une deuxième raison, sans doute, c'est que, on le sait maintenant, ces médias sont des médias qui favorisent davantage l'émotion, les émotions négatives, et donc de ce point de vue-là, il y a sans doute un avantage pour les partis populistes et pour les partis d'extrême droite dans l'utilisation des réseaux sociaux. Mais la politique, ce n'est pas simplement une histoire d'éléments rationnels, la politique, ce sont aussi des affects, ce sont aussi des émotions, et il y a des émotions positives, et il faut savoir, pour les démocrates aussi, jouer avec les réseaux sociaux s'ils veulent faire porter leur message.”
Mais lui aussi estime que les réseaux sociaux doivent être davantage mis face à leur responsabilité, notamment en matière de discours de haine, au même titre que les autres médias.