
"Nous exerçons une profession libérale, mais nous avons une Caisse nationale de santé qui impose pratiquement aux médecins ce qu'ils doivent faire, où et comment ils doivent le faire et à quel tarif. Or, ces tarifs n'ont parfois plus aucun rapport avec les coûts réels", a déclaré mercredi matin le Docteur Chris Roller sur RTL pour expliquer la raison pour laquelle l'AMMD a décidé, après de longues années, de dénoncer les conventions conclues avec la CNS.
L'AMMD reproche au gouvernement d'avoir fait de nombreuses promesses de réformes en matière de politique de santé et de ne pas les avoir tenues. Les médecins souhaitaient une nouvelle convention, une meilleure convention, mais ils n'ont été écoutés ni par la Caisse nationale de Santé, ni par le gouvernement, estime Chris Roller, qui critique l'approche de la ministre de la Santé, Martine Deprez. "Nous avons une ministre qui continue à favoriser massivement les hôpitaux, alors que nous savons que ceux-ci sont relativement coûteux." Tout en reconnaissant leur nécessité, le président de l'AMMD indique que certains actes qu'ils pratiquent, pourraient tout aussi bien être réalisés par les médecins dans leurs cabinets, avec des délais d'attente moins longs. "Nous avons un problème avec le fait que les hôpitaux soient privilégiés et qu'ils puissent réaliser des profits. Il faut le dire clairement : certaines personnes y ont des intérêts et y gagnent de l'argent."
L'AMMD considère que depuis des mois, elle est ballotée entre le gouvernement qui veut qu'une convention soit négociée avec la CNS et cette dernière, qui ne veut rien changer, qui veut continuer à fixer les tarifs des médecins.
Chris Roller qualifie d'ailleurs d'"hypocrite" le fait que la ministre et le Premier ministre affirment régulièrement que leurs portes restent ouvertes, car le président de l'AMMD ne constate aucune réelle volonté de dialogue. "Ils restent campés sur leur position et je pense qu'il est clair que l'AMMD ne peut pas signer une nouvelle convention qui contiendrait exactement les mêmes dispositions que l'ancienne. Dans ce cas, nous ne serions plus crédibles, et je pense que nos membres ne le veulent pas non plus. Et ce ne serait pas non plus dans l'intérêt des patients."
Cependant les discussions se poursuivent. "Je pense qu’il est essentiel que nous maintenions le dialogue", souligne le Docteur Chris Roller. Une entrevue entre l'AMMD et la ministre de la Santé est d'ailleurs prévue mercredi après-midi. Mais pour le président de l'AMMD, il ne faut pas se faire d'illusions. "Il faut être très clair : la médecine conventionnée telle que nous la connaissons aujourd'hui au Luxembourg, c'est terminé. (...) Nous ne pourrons plus signer une telle convention. Nous avons un règlement grand-ducal qui impose pratiquement à notre profession libérale la manière d'exercer et qui fixe de façon très précise les règles du jeu. Naturellement, nous ne pouvons pas nous en satisfaire."
La principale revendication de l'AMMD est qu'il soit permis aux médecins de pratiquer certains actes en ambulatoire dans leurs cabinets. "Il s'agit de permettre que de petites interventions présentant peu de risques, qui peuvent être réalisées partout dans le monde dans les cabinets médicaux sous certaines conditions de qualité, puissent également être pratiquées ici." Et Chris Roller de citer les opérations de la cataracte et de petites interventions en urologie, entre autres. "Aujourd'hui, tous ces actes sont exclusivement réservés aux hôpitaux, parce que seuls les hôpitaux obtiennent le remboursement de tous les frais annexes, comme le personnel et le matériel. Cela signifie qu'un médecin exerçant dans son cabinet ne peut tout simplement pas proposer ces prestations, car il devrait en supporter lui-même les coûts", explique le président de l'AMMD, qui ajoute "c'est précisément ce que veut la classe politique : maintenir artificiellement une offre limitée, sous couvert de maîtriser les dépenses de santé." Ce qui serait tout sauf une médecine de qualité pour les patients.
Le Docteur Roller regrette que le spectre d'une médecine à deux vitesses soit constamment agité comme un épouvantail, ce qui conduit paradoxalement à "une situation où nous ne pouvons plus offrir qu'une médecine de seconde classe, avec de longs délais d'attente". Il évoque les longs délais d'attente pour les mammographies ou les examens de densité osseuse, par exemple, mais aussi les temps d'attente aux urgences "qui dépassent parfois onze heures".
Les médecins souhaiteraient aussi pouvoir proposer à leurs patients de nouveaux traitements ou de nouvelles thérapies, ce qui pourrait aussi représenter un coût supplémentaire pour la Caisse nationale de Santé. Le président de l'AMMD souligne toutefois que les patients "ne sont pas stupides" et s'informent sur Internet des thérapies qui existent. "Et, en tant que médecin au Luxembourg, je dois alors leur dire : 'Je suis désolé, mais je ne suis pas autorisé à vous proposer ce traitement, parce que la CNS ne le rembourse pas et que, par conséquent, je ne peux pas le pratiquer.'" Les patients se tournent alors vers l'étranger pour les obtenir.