Table ronde de l'OGBL et du LCGBBénéfices records des Big Four aux dépens des salariés : jusqu'à quand ?

Dany Rasqué
adapté pour RTL Infos
Mardi, une table ronde consacrée au secteur de l'audit au Luxembourg était organisée à l'initiative de l'OGBL et avec le soutien du LCGB.
L’OGBL et le LCGB ont dénoncé les dérives des Big Four.
© JAKUB PORZYCKI/NurPhoto via AFP

Les syndicats ont souligné qu'il ne s'agissait pas pour eux de polémiquer. Ils ne souhaitent pas non plus s'en prendre directement aux cabinets d'audit eux-mêmes, mais ils estiment qu'il est urgent d'attirer l'attention sur la situation des salariés.

Selon eux, les effectifs sont réduits, les employés sont soumis à une pression permanente et le droit du travail n'est trop souvent pas respecté. Dans le même temps, les résultats financiers des Big Four explosent et leurs bénéfices battent, année après année, de nouveaux records, selon Angélique Lazzara, secrétaire centrale de l'OGBL.

Angélique Lazzara (OGBL)
Angélique Lazzara (OGBL)
© Dany Rasqué

"Selon les chiffres du STATEC, le nombre de salariés employés dans les cabinets d'audit au Luxembourg a diminué de 8 % en l'espace de deux ans. Chez Deloitte et KPMG, le recul se situe entre 6 et 8 %. Chez PwC, il atteint même 14 %. Cela signifie que 530 emplois ont été perdus en deux ans."

Dans le même temps, les chiffres d'affaires restent extrêmement élevés : 765 millions d'euros pour PwC, 373 millions d'euros pour KPMG et 535 millions d'euros pour Deloitte. Et cela soulève une question : comment est-il possible qu'il y ait moins de salariés, que la pression augmente, que davantage d'activités soient externalisées, et que malgré cela des résultats aussi élevés continuent d'être réalisés ?

Maria-Helena Macedo, membre du bureau exécutif du LCGB, constate que de plus en plus de personnes ayant travaillé pour les Big Four prennent contact avec le syndicat parce qu'elles ont été licenciées dans des conditions qui mériteraient d'être sérieusement remises en question. En outre, un nombre croissant de salariés seraient licenciés après avoir été en arrêt maladie pendant 26 semaines, tandis qu'une flexibilité toujours plus grande leur serait demandée.

Maria-Helena Macedo (LCGB)
Maria-Helena Macedo (LCGB)
© Dany Rasqué

"Bien entendu, nous comprenons que les entreprises doivent s’adapter aux exigences de leurs clients et aux évolutions du marché. Mais la flexibilité ne doit pas signifier qu’il faut être constamment disponible, soumis à une pression permanente ou que l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée soit continuellement remis en question."

David Angel, membre du bureau exécutif de l’OGBL, a souligné clairement que les Big Four ne sont pas vraiment des entreprises comme les autres, notamment en raison des missions qui leur sont confiées.

"Les missions d’audit prescrites légalement qui sont réalisées, représentent environ les trois quarts, voire un peu plus, de l’ensemble des missions d’audit effectuées au Luxembourg. Il y a également un autre aspect qu’il convient de mettre en avant : les liens étroits avec le milieu politique. Il ne faut pas oublier que les Big Four sont, d’une manière ou d’une autre, également représentés au sein des institutions politiques, par exemple au Conseil d’État ou à la Chambre des députés, par l’intermédiaire de personnes qui ont auparavant travaillé pour l’un des Big Four ou qui les représentent. C’est le cas dans de nombreux endroits et dans diverses institutions. Certains accords de coalition sont même élaborés avec la collaboration de plusieurs cabinets des Big Four."

David Angel (OGBL)
David Angel (OGBL)
© Dany Rasqué

Les syndicats réclament officiellement une enquête indépendante afin de déterminer les causes de la baisse du nombre de salariés. Les autorités doivent également veiller à ce qu'aucune entreprise ne contourne les règles en matière de licenciements ou de licenciements collectifs.

Les syndicats conseillent par ailleurs aux salariés de prendre contact avec eux suffisamment tôt, et pas seulement lorsqu'ils ont déjà été licenciés.

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