
Elle est la cause de la plaie mais peut en être le remède. La voiture individuelle, souvent indispensable aux trajets de nombreux travailleurs et écoliers, est à l'origine des principaux maux du quotidien des Luxembourgeois et des frontaliers.
Mercredi matin, la fondation Idea, le groupe de réflexion de la chambre du Commerce, accueillait dans ses locaux un débat destiné à repenser l'utilisation de nos véhicules dans notre vie de tous les jours. Le gouvernement espère, d'ici 2025, que les déplacements se reporteront très fortement sur la marche, le vélo, les transports publics et le covoiturage pour absorber le flux croissant des déplacements sur des infrastructures qui ne sont pas extensibles à l'infini. D'après les calculs de la Fondation Idea, cela reviendrait à convaincre 73.000 personnes d'abandonner leurs voyages seuls en voiture pour se tourner vers ces modes de transport alternatifs.
Outil incontournable pour se déplacer, la voiture faire perdre du temps... Et beaucoup d'argent à toute la société. D'après le List, qui se base sur une étude européenne de mai 2019, le coût externe total des transports est chiffré à 1,436 milliard d'euros par an au Luxembourg (accidents, pollution, changement climatique, bruit, congestion, émissions de CO2 et dégradation des habitations). Un tiers de ce montant est dû aux seuls retards provoqués par les mauvaises conditions de déplacement.
Faut-il pour autant mettre notre voiture à la casse pour régler le problème? "Elle n'est pas le moyen de transport idéal mais elle est et restera un élément incontournable de la mobilité" rétorquent Julien Honnart et Gerry Wagner, respectivement patron de Klaxit, qui propose du covoiturage et vient de racheter l'entreprise qui s'occupe de Copilote, et directeur d'Arval Luxembourg, une société de location de véhicules d'entreprise.
Évidemment, les deux hommes invités à débattre par Idea font partie d'un secteur économique qui dépend de l'usage de la voiture. Ils ont donc des motivations financières à la défendre. Sauf que les chiffres vont dans leur sens: en 2017, l'enquête Luxmobil avait montré que 73% des salariés au Grand-Duché utilisent leur voiture pour se rendre au travail. Qu'on l'aime ou non, qu'elle soit pratique ou encombrante, polluante ou à zéro émission, la voiture est le pilier de la mobilité luxembourgeoise et frontalière. Et il est peu probable de la voir disparaître. Alors, comment la rendre plus vertueuse?

Aujourd'hui, c'est la sur-utilisation des véhicules à moteur sur des infrastructures dépassées qui génère ces nombreux désagréments du quotidien. À défaut de pouvoir élargir les routes de plusieurs voies supplémentaires, il faudrait donc en rationaliser l'usage pour que le système marche mieux.
"Globalement, il faut réunir plusieurs conditions pour provoquer un changement de comportement" explique Julien Honnart, de l'application de covoiturage Klaxit. "Pour commencer, il faut une aide technologique qui facilite le côté pratique du déplacement." On peut notamment penser à l'application Copilote, ou à celle de Mobiliteit.lu récemment développée. "Ensuite, il faut se faire confiance: laisser un étranger monter dans son véhicule, ou soi-même prendre place dans celui d'une personne inconnue. Enfin, et c'est peut-être le plus important, il faut inciter économiquement les automobilistes à privilégier le covoiturage. On peut imaginer une subvention publique sur chaque trajet effectué par exemple." Le tout, dans le but d'accomplir un des objectifs de François Bausch: déplacer davantage de personnes dans moins de véhicules.
Malgré les avantages globaux, impossible d'imaginer le covoiturage ou la multimodalité fonctionner sans des infrastructures complètes: des parking-relais pour se rassembler, des voies réservées prioritaires aux transports en commun, des places de stationnement dédiées sur le site de travail ou près des gares... Quitte à vexer l'ego des travailleurs, peut-être faudrait-il démonter cette image de réussite accolée à la voiture individuelle. Sans parler de l'avantage fiscal développé pour les entreprises autour des voitures de fonction.
En tant que telle, la voiture n'est pourtant pas responsable de nos galères quotidiennes de transport. Elle fait surtout office d'outil particulièrement mal utilisé. En poussant les automobilistes à faire évoluer leurs habitudes, mais aussi en leur permettant de se loger moins loin des centres économiques, de leur offrir des transports alternatifs disponibles et efficaces, c'est tout le système qu'il est possible d'apaiser.
Pour aller plus loin: il économise 20.000€ en covoiturant sur l'E411