
Venue une semaine au Luxembourg et en Allemagne pour rendre visite à ses deux sœurs, Mariana Andreiko est finalement restée bloquée au Luxembourg ce jeudi. Elle n'a pas loupé son avion pour Kiev, mais "le vol qui devait partir à 16h00 de Francfort a été annulé". Depuis l'attaque massive des troupes russes contre l'Ukraine, avec frappes aériennes et invasion terrestre, l'Ukraine a annoncé tôt ce jeudi la fermeture de son espace aérien pour l'aviation civile. Bien trop dangeureux.
Mariana devait retourner à Irpin, au nord-Ouest de Kiev, mais savait très tôt par le biais de ses proches que c'était mission impossible car les Russes "ont commencé à bombarder les entrepôts militaires" et "parce qu'il y a un aéroport à Gostomel", tout près d'Irpin. Dans son malheur elle a eu de la chance, car ce jeudi après-midi l'aéroport militaire est bien tombé aux mains des Russes a reconnu le président ukrainien Volodymyr Zelensky en promettant de le reprendre.
Les près de 1.000 Ukrainiens qui vivent au Luxembourg tremblent depuis ce jeudi pour leurs proches pris au piège de l'invasion éclair. "Quand le réveil a sonné ce matin à 6h20 pour aller à l'école", raconte Anna Dolya, professeur de français établie depuis cinq ans au Luxembourg, "mon mari est venu me dire: "Ça commence!" J'ai compris tout de suite ce qui se passait. Nous avons allumé la télé pour suivre les informations ukrainiennes en voyant une carte des villes bombardées..." Anna maîtrise son émotion à cet instant. Elle tient son fils Frédéric par le cou.

Elle regarde la foule venue demander de stopper la guerre et Poutine Place Clairefontaine, et confie ce qui préoccupe, au fond, tous ceux qui sont là: "Nous sommes très inquiets pour nos familles, nos proches, nos amis". Anna est très préoccupée par le sort qui sera réservé à ses parents à Kiev: "Ils ne peuvent pas venir au Luxembourg, c'est trop tard".
Des bouchons monstres se sont formés dans la capitale par tous ceux qui essayent de fuire. Mais "les valises sont prêtes" pour "partir se cacher quelque part, je ne sais pas où", glisse Anna.
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De nombreuses personnes veulent évidemment quitter l'Ukraine et il faut essayer de faire venir ces personnes et leurs familles ici, a déclaré ce jeudi Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères, devant la Chambre des députés. Rajoutant: "Nous ne rejetons personne". Entre 20 et 30 Luxembourgeois se trouveraient actuellement en Ukraine, selon ses services.
"Ma maman a été réveillée par des bombes dans la région de Vinnytsia", au cœur de l'Ukraine, témoigne pour sa part Tetyana Narcisse qui vit près de Metz. Ses proches et amis "sont complètement paniqués", lâche-t-elle. En rajoutant, persuadée que "si on ne fait rien, dans quelques temps ça se passera ici". Une conviction souvent répétée par les Ukrainiens que RTL 5 Minutes a croisé à la manifestation à Luxembourg-Ville.
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Tous expriment la même crainte: perdre subitement contact avec leurs proches. "Pour le moment j'ai le contact, mais j'ai peur que dans peu de temps, ça va couper", glisse Mariana Andreiko.

"Nous savions que Poutine était malade... mais pas à ce point!", soupire Ksenia Korneva. Elle est russe, mais "à moitié ukrainienne". Aujourd'hui "c'est une honte pour nous d'être russe", lâche-t-elle en pleurant à chaudes larmes et en tenant une pancarte sur laquelle on peut lire: "Poutine, ennemi du peuple". Et parvient à dire qu'"il faut faire la différence entre le gouvernement et le peuple russe".
Ses "amis et parents restés en Russie ne savent pas quoi faire". Elle a décidé de quitter son pays dès 2014 suite à l'invasion de la Crimée par la Russie. "Nous avons quitté le pays, car c'est impossible d'y faire des affaires honnêtement, sans corruption". Elle regarde vers la foule et dit: "Ce sont tous mes frères et sœurs. Pour moi, ce qui se passe est une tragédie". Une main vient lui serrer l'épaule.