Xavier Bettel en interview"Nous ne sommes pas très bons pour vendre l’UE"

Claude Zeimetz
Roy Grotz
Pierre Jans
traduit pour RTL Infos
Dans un entretien très large pour RTL Luxembourg, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel évoque les tensions géopolitiques, les blocages au sein de l’Union européenne et plusieurs dossiers de politique intérieure. Il plaide pour une Europe plus forte, la préservation de la paix sociale et des solutions urgentes face à la crise du logement au Luxembourg.
Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel
De Vizepremier an Ausseminister Xavier Bettel
© Tom Nols - rtl.lu

Samedi, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel s’est exprimé au micro de nos collègues de RTL Radio. Il est revenu sur des sujets allant de la politique nationale aux relations commerciales internationales, en passant par les tensions géopolitiques actuelles.

Une grande prudence en matière de politique étrangère

Xavier Bettel a d’abord évoqué le climat géopolitique particulièrement tendu dans plusieurs régions du monde. Comme de nombreuses compagnies aériennes, Luxair a reporté ses vols vers le Moyen-Orient en raison de l’escalade des tensions avec l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères a expliqué qu’il lui était impossible de prédire précisément l’évolution de la situation, tout en constatant que les États-Unis « renforcent massivement leur présence dans la région ». Il a averti qu’une attaque américaine aurait « à coup sûr des répercussions ».

Xavier Bettel a vivement critiqué le régime religieux et autoritaire iranien, plaidant pour l’inscription des Gardiens de la révolution sur la liste européenne des organisations terroristes.

Concernant l’Europe, le ministre a été catégorique : l’Ukraine ne doit en aucun cas être abandonnée. Il estime que la partie ukrainienne se montre ouverte à la paix et au compromis, contrairement à la Russie. Xavier Bettel a également regretté l’absence d’un représentant de l’Union européenne aux discussions organisées à Abou Dhabi en vue d’une éventuelle fin du conflit. Selon lui, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, aurait dû y participer, même si l’UE n’avait pas été invitée à la table des négociations.

Une Union européenne paralysée

Xavier Bettel a ensuite déploré les blocages récurrents au sein de l’Union européenne. Il a résumé le problème de manière lapidaire : « Pour réformer l’UE, il faut l’accord de ceux qui ne veulent pas de réformes. » Une situation qu’il illustre notamment par l’attitude du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui bloque depuis des années de nombreuses initiatives.

Résultat : une Union européenne lente, affaiblie, et parfois perçue comme un « poids plume » sur la scène internationale, incapable de parler d’une seule voix. Pour Xavier Bettel, la force de l’UE réside pourtant dans son unité : un bloc de 27 États membres unis pourrait imposer le respect, y compris à des dirigeants comme Donald Trump.

À propos des relations avec les États-Unis, le ministre a estimé que les Européens ne devraient pas adopter une posture de soumission face au président américain. Il a toutefois tenu à distinguer la soumission de la diplomatie. Lui-même, dit-il, n’hésite pas à dialoguer avec Donald Trump lors d’événements officiels. « Il y a une différence entre être soumis et être poli », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il resterait poli même en cas de confrontation.

Il a évoqué un échange récent avec l’ambassadrice américaine Stacy Feinberg, à qui il a confié que « beaucoup de dégâts avaient été causés ». Celle-ci lui aurait répondu que le président américain n’est pas un politicien, mais un homme d’affaires. Pour Xavier Bettel, un accord ne peut toutefois fonctionner que si chaque partie y trouve son compte.

Le commerce extérieur, vital pour le Luxembourg

Sur le plan commercial, Xavier Bettel a réaffirmé son soutien à l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Il a cependant reconnu que, compte tenu des doutes juridiques exprimés par le Parlement européen, la Commission européenne ne devrait pas recourir à des mesures provisoires pour appliquer l’accord, bien qu’elle en ait la possibilité légale. « Le dossier est probablement trop explosif », a-t-il admis.

Balayant les critiques visant cet accord, le ministre a insisté sur le fait que les contrôles et les critères sanitaires seraient stricts et pleinement conformes aux normes européennes.

Concernant le projet de centre de données Google à Bissen, Xavier Bettel n’a fait aucune annonce, estimant qu’il était encore trop tôt. Il a néanmoins exprimé l’espoir de voir des avancées concrètes en 2026 et confirmé que les discussions avec la direction de Google se poursuivent.

Plus largement, il a souligné que le Luxembourg, en tant que pays fortement dépendant du commerce, doit rester ouvert aux entreprises internationales, y compris – a-t-il précisé – celles actives dans le secteur de la sécurité.

Le ministre a insisté sur l’importance d’attirer ces investissements au Luxembourg même, affirmant qu’il ne souhaiterait pas les voir s’installer ensuite à Arlon ou à Thionville. Il a révélé que le gouvernement est en contact avec « un grand producteur européen » intéressé par l’implantation d’une production d’équipements au Luxembourg, destinée à la fois à l’armée luxembourgeoise et à l’exportation commerciale.

Xavier Bettel s’est dit convaincu que le Luxembourg reste un site attractif pour les entreprises internationales. Si celles-ci critiquent souvent, dans un premier temps, le système d’indexation des salaires, elles reconnaissent rapidement qu’il constitue un garant essentiel de la paix sociale.

Intolérance face à l’intolérance

Le vice-Premier ministre a souligné que la paix sociale est un enjeu primordial. Tout en rappelant la capacité de mobilisation des syndicats l’an dernier, il s’est montré optimiste quant à un retour à un dialogue apaisé et constructif entre partenaires sociaux.

Dans ce contexte, Xavier Bettel a pris la défense de l’ancien ministre du Travail CSV, Georges Mischo, qui a démissionné à la fin de l’année dernière. Il l’a décrit comme « une personne droite », qui ne menace personne, estimant que la rupture du dialogue ne peut pas lui être imputée exclusivement. Avec le nouveau ministre du Travail, Marc Spautz, il estime que « l’alchimie nécessaire » à un dialogue efficace est à nouveau présente.

Xavier Bettel a exprimé l’espoir qu’aucune des parties ne diabolise l’autre dans le cadre du dialogue social. Selon lui, la compétitivité ne suppose pas que les salariés soient perdants, tout comme les travailleurs ne peuvent prospérer si les employeurs sont en difficulté. Résumant son engagement politique, il a conclu : « Je suis intolérant face à l’intolérance. »

Construire plus dense et plus haut

Fort de son expérience d’ancien Premier ministre et d’ancien bourgmestre de la Ville de Luxembourg, Xavier Bettel a reconnu l’existence de nombreuses injustices sur le marché du logement. Pour lutter contre la crise actuelle, il s’interroge sur la nécessité de construire à l’avenir de manière plus dense et plus élevée dans les zones urbaines.

Il a également plaidé pour l’instauration d’une taxe sur les logements laissés vacants pendant de longues périodes. Cette taxe pourrait, selon lui, doubler chaque année afin de créer une véritable incitation financière – voire une pression – pour pousser les propriétaires à remettre ces biens sur le marché locatif.

Tout en soulignant que la construction de nouveaux logements est indispensable, Xavier Bettel a rappelé que le foncier luxembourgeois est limité et doit répondre à des besoins concurrents : logement, agriculture, industrie et commerce.

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