Racisme au Luxembourg"Non mais tu viens d'où, vraiment ?"

Fanny Kinsch
Un étudiant est à la recherche d'un stage dans le social, mais pendant l'entretien, au lieu de parler du travail, ce sont ses origines qui seront questionnées.
© Fanny Kinsch

Quelques surprises attendent Kahlid Oke lors de son entretien, on lui demandera notamment s'il dispose d'une autorisation de séjour. Il a décidé d'en parler sur ses réseaux sociaux, preuve que la discrimination est encore bien présente, même au Luxembourg.

"Cette personne m'a fait des commentaires très bizarres, ça m'a vraiment touché, puisque cela concernait plutôt les réfugiés, ou les Nigériens en général. Ce sont mes origines et c'était vraiment affreux de devoir subir ça". Khalid Oke est âgé de 24 ans, il est musicien et suit des études de sciences éducatives et sociales à l'Université du Luxembourg.

Fortement blessé lors d'un entretien avec une association du secteur social au Grand-Duché, il a tenu à témoigner: "la question que l'on m'a posée était "d'où viens-tu?". J'ai répondu que je venais d'Ettelbruck, ce à quoi la collaboratrice m'a demandé "non, mais tu viens d'où, vraiment?" et j'ai répondu que oui, j'ai des origines africaines, peut-être que l'on remarque ça à mon accent, mais j'ai vécu toute ma vie ici et je lui ai expliqué que je me sentais luxembourgeois".

On lui a ensuite demandé s'il avait le droit d'être au Grand-Duché et dans quelles écoles il avait suivi sa formation scolaire. Mais ces questions clairement orientées n'étaient pas les seules auxquelles Khalid devait faire face: "elle voulait savoir comment je réagirais en tant qu'assistant social face à un Nigérian en situation illégale dans le pays. Je lui ai répondu que je suivrais la loi qui s'applique à tout le mode, nous sommes tous égaux et il faut mettre de côté tous les préjugés ou stéréotypes que l'on pourrait avoir sur d'autres personnes. Si je suis assistant social, je suis professionnel et je dois le rester".

S'il s'agit d'un enfant, Khalid assure qu'il ferait tout pour assurer ses droits, en lui permettant d'avoir un toit et d'aller à l'école, mais la personne en face de lui n'était pas du même avis: "elle a répondu que l'on ne pouvait pas agir de la sorte, car sinon le réfugié viendrait avec toute sa famille afin d'obtenir la résidence et le droit de travailler dans le pays".

Choqué, Khalid avait la boule au ventre. C'est pour cette raison qu'il a souhaité en parler ouvertement et publiquement sur ses réseaux sociaux: "à tous ceux qui pensent que les discriminations comme le racisme n'existent pas au Luxembourg, ils se trompent. Le racisme est très présent, sous une forme encore plus grave, la discrimination indirecte, les gens qui l'utilisent ne s'en rendent même pas compte". Il est assez certain que la personne qui l'a interviewé ne s'est probablement pas rendu compte de la gravité de ses propos.

Khalid Oke s'est alors tourné vers le Centre pour l'égalité de traitement (CET). Son souhait serait de reparler à cette dame afin de lui faire comprendre le côté blessant de ses propos lors de l'interview téléphonique, mais il lui faut du courage pour qu'il la confronte et qu'elle apprenne de ses erreurs.

Le CET a enregistré 245 cas en 2021, dont 60 pour discrimination sur base de l'origine ethnique, la plus fréquente dans les dossiers traités par le Centre qui peut transférer cette information au Parquet. Un travail de sensibilisation devra être réalisé avant toute action, mais toute victime est également encouragée à dénoncer ce comportement discriminatoire auprès de l'ITM (Inspection du travail et des mines) ou de la police.

Les responsables du CET ont expliqué que les réactions suite à leur intervention étaient très différentes et pouvaient varier d'un comportement proactif à plutôt défensif voire carrément indifférent.

Les capacités limitées du CET ne sont pas satisfaisantes, selon ses responsables qui demandent que leurs compétences soient étendues. Des discussions sont d'ailleurs en cours dans ce sens à la Chambre. Ils souhaitent pouvoir faire leurs propres enquêtes ainsi que proposer un accompagnement personnalisé devant la justice.

En plus du CET, d'autres solutions existent en cas de discrimination. Il ne faut pas non plus hésiter à porter plainte si l'on se retrouve confronté à ce genre de situation. La police est à l'écoute.

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