
Réfléchissez une minute à vos appareils électroniques personnels. Pas à l’ordinateur, la tablette ou le smartphone que vous utilisez actuellement. Pensez plutôt aux vieux lecteurs DVD, téléphones, claviers, chargeurs, télécommandes, consoles de jeux et peut-être même aux lecteurs MP3 enfouis dans les coins les plus sombres de vos armoires ou dans les profondeurs insondables de vos tiroirs.
Ces petits appareils pourraient être donnés, réparés ou même recyclés. En théorie, leurs composants peuvent être intégrés dans de nouveaux produits. Nous sommes nombreux à le savoir, malgré tout, la quantité de déchets électroniques augmente. De nombreux produits électroniques s’amassent: ils sont vieux, parfois cassés. “Ce sont seulement quelques appareils” pensent beaucoup. Mais ce n’est pas une manie anodine, disent des experts. Le problème est qu’il s’agit d’un phénomène d’envergure même au Luxembourg, selon Nadine Bertrand, experte pour les déchets électriques et électroniques à l’administration de l’Environnement: “Avec notre dernière enquête, nous avons remarqué que sept personnes sur dix gardent de vieux appareils électriques chez elles. Un tiers des gens ont même chez eux plus de dix appareils qui ne sont plus utilisés. Ce n’est pas sans impact.”
Un exemple: dans le monde entier, selon les calculs du “WEEE Forum”, 5,3 milliards de téléphones portables ne seront plus utilisés ou remplacés rien que cette année.
“Lorsque de nouveaux appareils sont achetés, des ressources sont nécessaires pour les produire. Il y a des ressources précieuses dans ces appareils. Elles viennent souvent de pays où les conditions de travail et environnementales ne sont pas les mêmes que les nôtres”, explique Nadine Bertrand.
Pour beaucoup, ces appareils ne sont pas tout de suite des déchets, car ils fonctionnent encore. Les particuliers préfèrent donc les laisser traîner et ils ne sont pas utilisés. Selon un récent sondage de l’administration de l’Environnement, les ménages ont souvent aussi de la place pour stocker ces appareils et ces derniers sont peu à peu oubliés dans l’un ou l’autre coin. Il y a aussi la valeur sentimentale des objets. Enfin, souvent les gens ignorent où se débarrasser de ces appareils, selon l’enquête.
“Pourtant nous avons aujourd’hui de nombreuses possibilités pour nous en débarrasser. Nous avons nos centres de ressources, nous avons les collectes mobiles de la Superdreckskëscht. Les supermarchés et les revendeurs de ces produits jouent également un rôle important. Ces derniers sont obligés de reprendre les vieux appareils pour le recyclage. Mais la plupart des gens ne le savent pas et c’est là qu’est le problème.”
Dans un monde meilleur, ces appareils ou leurs composants auraient une deuxième vie. Mais dans la réalité, la plupart finissent dans la poubelle grise ou prennent la poussière au fond d’un tiroir. Une étude récente menée dans six pays européens montre qu’environ un appareil électronique sur six dans le foyer n’est plus utilisé. Cela va du sèche-cheveux aux gadgets dans la cuisine ou aux ordinateurs portables en passant par le GPS pour la voiture. L’enquête indique que près de 30% des téléphones portables présents dans un ménage ne sont pas utilisés. Dans 20% des foyers, il y a plus de téléviseurs que ce qui est nécessaire à un usage quotidien.
Mais les entreprises sont aussi responsables car elles “fabriquent leurs produits de telle manière qu’ils deviennent très vite des déchets”, selon Nadine Bertrand. “Nous avons des fabricants qui se soucient vraiment de rendre leurs appareils plus réparables et plus durables. Chez d’autres fabricants, vous ne pouvez pas retirer vous-même la batterie de certains produits.”
La consommation mondiale de produits électroniques augmente d’environ 4% par an. Conséquence: la quantité de déchets électroniques augmente d’autant. Selon le dernier rapport de l’UNITAR sur les déchets électroniques, seuls 17,4% des 50 milliards de kilogrammes de déchets électroniques dans le monde ont été correctement collectés et recyclés en 2019. L’Europe a le taux de collecte et de recyclage des déchets électroniques le plus élevé. Il atteint 43 %. “Il existe des obligations légales”, explique Andy Maxant, directeur d’Ecotrel, un organisme agréé par l’État, qui veille à ce que les appareils électroniques arrivent au Luxembourg de manière conforme, mais aussi qu’ils soient éliminés dans la conformité. “Dans le cas de petits déchets électriques, 55 % du produit doit être recyclé. Au Luxembourg, nous atteignons un taux de 85%.” A titre de comparaison, les Etats-Unis et l’Amérique du Sud sont sous les 10%.