
Malgré des mois d’attente, le débat ne tombait pas si mal en termes de calendrier. Mercredi matin, le Statec avait présenté de nouveaux chiffres concernant le risque de pauvreté. Selon ceux‑ci, le taux de risque de pauvreté ne s’élève plus à 18 %, mais chute soudainement à "seulement" 14,8 %. C’est pourquoi Djuna Bernard (les Verts) a tenu à préciser d’emblée : "Ce serait un faux constat d’affirmer maintenant que, grâce à la politique gouvernementale, la pauvreté a reculé : c'est tout simplement une méthodologie modifiée qui a été appliquée."
Des Verts à l’ADR, l’opposition était unanime : le logement constitue le facteur principal du problème de la pauvreté au Luxembourg. Dan Hardy (ADR) a déclaré : "Lorsque l’on parle avec les personnes touchées par le risque de pauvreté, c’est le cœur du problème. Et si nous voulons lutter efficacement contre la pauvreté dans le pays, nous devons enfin obtenir plus rapidement davantage de logements abordables au Luxembourg."
Marc Goergen, élu du parti Pirate, a avancé une proposition concrète face aux loyers élevés : "Le principal bénéficiaire de ces loyers élevés est l’État, car il en récupère une partie plus tard par le biais des impôts lorsque les loyers sont aussi hauts. C’est pourquoi nous estimons qu’il faudrait un 'indice des prix à la location' et que, lorsqu’on se situe en dessous de ce prix, on paie moins d’impôts, avec un autre taux d’imposition, que lorsqu’on dépasse ce prix."
Enfin, comme on pouvait s’y attendre, l’opposition a également critiqué le fait que le salaire social minimum ne soit pas augmenté de manière substantielle. Claire Delcourt (LSAP) a déclaré à ce sujet : "Le salaire minimum doit être augmenté de 100 euros nets. Et à moyen terme, il faudrait encore l’augmenter de 100 euros supplémentaires afin d’atteindre 60 % du salaire médian. "
Au fond, à la Chambre, tout le monde était plus ou moins d’accord pour dire que les mesures prévues dans le plan de Max Hahn étaient utiles. Mais Marc Baum (déi Lénk) a mis en garde contre le fait que, dans une économie qui fonctionne bien, les salaires ne devraient pas avoir à être complétés par des aides sociales : "Car nous transformons ainsi une part de plus en plus importante de salariés, qui pourtant travaillent, en assistés. Et c’est, selon moi, un danger qui est au cœur même de ces modèles, car nous savons que les aides de l’État sont elles aussi liées à la conjoncture. Et le jour où l’économie tournera moins bien, ce seront aussi parmi les premières à disparaître. "
Lorsque ce fut au tour du gouvernement de prendre la parole, le ministre de la Famille Max Hahn a surtout défendu sa démarche pour élaborer le plan. Marc Spautz, ministre du Travail, a répliqué sur la question du salaire minimum en rappelant qu’au cours des 21 dernières années, le salaire minimum n’avait été augmenté structurellement qu’une seule fois, à savoir de 100 euros par Dan Kersch : "Et c’est la seule augmentation structurelle qui ait été réalisée. Et lorsque des personnes qui ont été responsables de ce ministère pendant 10, 20 ou 25 ans déclarent aujourd’hui qu’il faudrait immédiatement relever le salaire minimum de 200 euros, je dois dire que je suis quelque peu stupéfait. J’accepte la critique selon laquelle il est difficile de s’en sortir avec le salaire minimum, mais je suis tout de même surpris de voir ici des personnes formuler des revendications alors qu’elles ont eu pendant 25 ans la possibilité de changer les choses, sans l’avoir fait, et qu’elles souhaiteraient maintenant que tout soit réglé en deux ans. "
Le ministre du Logement Claude Meisch a déclaré que les investissements se poursuivraient : "Mais s’il y a un segment où les pelleteuses sont à l’œuvre, c’est bien celui du logement public, car l’an dernier, nous avons dépensé plus du double que l'année précédente, via le Fonds spécial pour le logement abordable. Le défi consiste à maintenir ce niveau, voire à l’augmenter, et bien sûr à garantir et stabiliser sur le long terme les moyens budgétaires nécessaires, afin de pouvoir disposer à terme d’un vaste parc de logements publics et de pouvoir mener une politique de construction de logements très active. "
Le Premier ministre Luc Frieden, qui avait déclaré la lutte contre la pauvreté comme priorité numéro un de la nouvelle coalition avant même sa prestation de serment, n’était pas présent lors du débat à la Chambre. Mercredi midi, il déjeunait avec la presse au Mäertchen.