Procès pour violences policières"Cette gare nous amenait dans la zone rouge sur le plan professionnel", témoigne l’ancien chef de groupe adjoint

Diana Hoffmann
adapté pour RTL Infos
Quatre policiers comparaissent depuis mardi devant la justice, suite à un incident survenu dans l’ancien commissariat de police Luxembourg‑Gare en 2023. Mercredi, au deuxième jour d'audience, la parole était aux témoins. Il a notamment été question de la pression extrême exercée sur les fonctionnaires en raison du manque de personnel.
© Laurent Weber

"J’ai été mis à l’écart par des policiers. J’ai été victime de harcèlement. Je les ai entendus dire que j’étais une balance. Un indic. Un traître", explique le jeune policier en réponse à la question du président de la Cour, sur la manière dont les choses s'étaient passées pour lui après l'affaire. Le jeune homme de 25 ans était de service ce soir‑là et avait procédé à l’arrestation de l’homme, qui avait ensuite été frappé au visage et aux côtes dans la cellule de garde à vue par le policier poursuivi. C’est également lui qui avait dû rédiger le procès‑verbal de l’arrestation, dans lequel il devait expliquer comment un homme était entré au commissariat Luxembourg-gare sans blessures, avant qu’un médecin n'atteste par la suite que le gardé à vue avait l'oeil enflé et le nez ensanglanté. Le médecin avait aussi noté que la victime avait déclaré avoir été frappée par les agents.

Dans la première version rédigée par le jeune policier, ce dernier n'avait mentionné aucune blessure concernant l’homme interpellé. Le service des contrôles internes avait alors demandé des précisions. Ne sachant pas quoi faire, le jeune agent s’était tourné vers son supérieur hiérarchique, qui lui avait indiqué des faits mensongers à inscrire dans le rapport. Parmi ceux‑ci figurait notamment l’affirmation selon laquelle les blessures seraient survenues lorsque l’homme s'était débattu pendant son immobilisation. "J’étais là depuis trois semaines, j’avais 22 ans à l’époque", explique le policier pour justifier son comportement d’alors. Peu après les faits, il a toutefois changé de commissariat. Dans sa nouvelle affectation, il a été encouragé par des collègues plus âgés à signaler l’affaire.

Le chef de l’unité de police C3R Luxembourg‑Gare de l'époque, ainsi que son adjoint, ont ensuite exposé devant les juges les conditions dans lesquelles les agents devaient travailler dans le quartier Gare. "Nous agissions dans un environnement fragile, hostile. Nous devions intervenir. Nous ne pouvions pas laisser passer cela", explique l’ancien chef de groupe adjoint, interrogé par le juge sur la nécessité d’interventions plus musclées dans le quartier Gare. "Cette gare nous amenait dans la zone rouge sur le plan professionnel. Nous n’avions jamais pied", poursuit‑il. Les effectifs étaient totalement insuffisants. Des renforts avaient été demandés, et l’on avait reçu de très jeunes recrues. L’ancien chef de groupe décrit, lui aussi, les mêmes conditions.

Tous deux décrivent le principal prévenu comme un policier motivé. "Il vivait pour son métier", affirme l’ancien chef. Il faisait son travail correctement et ne se montrait pas agressif. Il porte également une appréciation positive sur les trois autres agents. Il ne peut pas s’expliquer pourquoi la situation a ainsi dégénéré. Il peut seulement imaginer que la frustration et la colère ont joué un rôle. Le juge a ensuite voulu savoir pourquoi il pensait qu’un agent plus âgé avait conseillé au jeune policier de falsifier le procès‑verbal." Je suppose qu’il l’a probablement fait pour protéger ses collègues", a répondu l’ancien chef de groupe.

Deux membres de la direction de la police avaient aussi été appelés en tant que témoins. "Au moindre indice d’un tel dysfonctionnement, nous aurions réagi", a souligné l’ancien directeur régional Patrick Ewen. Il a toutefois ajouté que la direction était consciente des conditions de travail à la gare et, justement, du manque de personnel prêt à y travailler. Il manquait des agents expérimentés. L’ancien directeur général Philippe Schranz a lui aussi témoigné en ce sens : " Il n’y avait pas un afflux énorme de candidatures."

Le procès se poursuivra jeudi matin, avec l'audition des quatre policiers prévenus. Deux d’entre eux sont poursuivis pour coups et blessures volontaires, les deux autres pour entrave à la justice pour avoir aidé à dissimuler les faits.

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