
Etre pauvre tout en ayant un travail, c'est une réalité au Luxembourg aussi. "Un peu plus d'une personne sur dix serait concernée par le risque de "pauvreté laborieuse" au Grand-Duché." Au niveau européen, nous nous classons deuxième, derrière la Roumanie. "Et la situation n'aurait cessé d'empirer ces dernières années", selon Carole Reckinger.
Est officiellement considéré comme "travailleur pauvre" celui qui, après transferts sociaux, gagne moins de 60% du revenu médian et qui a travaillé au moins pendant les sept derniers mois.
Les frontaliers, qui représentent plus de 40% des salariés au Luxembourg, ne sont pas pris en compte. Par conséquent, les statistiques ne reflètent pas complètement la réalité. Nous ne connaissons absolument pas les vrais chiffres, selon Carole Reckinger. "Beaucoup de gens, faute de revenus suffisants, iraient habiter de l'autre côté de la frontière en raison du coût élevé du logement."
Selon Caritas, les jeunes de 18 à 24 ans et les familles monoparentales sont particulièrement touchés par la "pauvreté laborieuse" au Luxembourg, tout comme les personnes qui travaillent à temps partiel ou qui ont un CDD ainsi que les ménages qui n'ont qu'un seul salaire.
La gravité de la situation s'expliquerait par plusieurs facteurs. Une des causes principales est le coût du logement au Luxembourg, d'après Carole Reckinger. Quand une grande partie du salaire est consacrée au logement.
Les politiques ne prendraient pas suffisamment au sérieux le problème. Il n'y aurait "aucune mesure spécifique pour lutter contre la pauvreté", alors qu'une réforme fiscale, par exemple, aiderait, considère la responsable pour les questions politiques de Caritas. Il faudrait enfin agir contre les nombreuses injustices de notre système fiscal. Comme le fait que les salaires soient imposés à 100%, mais le capital seulement à 50%.
Les barèmes fiscaux devraient être immédiatement élargis vers le haut et les familles monoparentales devraient bénéficier de réductions fiscales. Même sans réforme fiscale fondamentale, il devrait être possible pour les parents isolés, qui sont potentiellement les plus concernés par le risque de pauvreté, de pouvoir conserver dans la durée leur ancienne tranche d'imposition 2.
L'adaptation des barèmes fiscaux à l'inflation ne pourrait plus être davantage reportée.
Sur cette question, tout comme sur le climat, les politiques manqueraient de vision à long terme. Nous aurions pourtant "besoin d'une vision de l'avenir socialement juste et écologique."
Carole Reckinger qualifie les mesures issues de la Tripartite de "ponctuelles, limitées dans le temps" et décidées dans l'urgence. Ce qui manquerait, c'est une discussion approfondie sur la façon dont nous voulons vivre dans ce pays.