
Lorsque l'annonce a été faite en 2018, le monde entier a salué la décision du Grand-Duché d'instaurer la gratuité sur l'ensemble de ses transports publics à partir de mars 2020. Certaines personnes ont même parlé d'une première mondiale, c'était sans compter le cas de l'Estonie.
Une nouvelle positive, parfaitement alignée dans le mouvement de la sauvegarde de l'écologie ou de réduction des émissions de CO2, venait de faire oublier pendant quelques instants le sombre passé du pays en matière de paradis, de fraude ou d'évasion fiscale.
Toujours selon ce rapport, publié sur la plateforme The Conversation, les utilisateurs quotidiens des transports publics luxembourgeois savaient très bien que l'offre était loin d'être parfaite, remettant en question cette "gloire" soudaine du Grand-Duché. Les deux auteurs sont d'ailleurs d'avis que la gratuité des trains, des bus ou encore du tram ne va faire qu'empirer la situation.
Frontières et frontaliers
La situation actuelle du Luxembourg est relativement compliquée en matière de transports, avec un peu moins de 200.000 frontaliers qui traversent les frontières afin de venir travailler chez nous, en majeure partie dans et autour de la capitale. Une force de travail nécessaire à la prospérité de l'économie nationale, mais également un énorme problème en matière de transport.
Le Gouvernement a pour but de préserver cette croissance économique avec un PIB qui augmente de 2 à 4 pourcents par année. Une situation qui met le système de transport sous pression, une structure qui, selon les propos des deux chercheurs universitaires, est en piteux état. Les autorités peinent à suivre la demande qui augmente, elle aussi, chaque jour et le retard accumulé ces dernières années se fait ressentir à plusieurs niveaux.
En période d'affluence, les trains qui traversent les frontières sont bondés, souvent en retard voire même parfois annulés. Le service client et les informations se font rares, alors que les investissements entrepris par le Gouvernement provoquent chantiers, fermetures, déviations et, inévitablement, encore plus de bouchons. En tout cas pour l'instant.
Comme le prix des transports en commun n'était déjà pas très élevé au Luxembourg, l'impact de la gratuité ne devrait pas avoir d'influence significative, toujours selon les chercheurs. Le prix de l'immobilier venant faire exploser la balance de la problématique actuelle de l'inégalité de la population face au coût de la vie. La gratuité seule des transports publics ne devrait donc pas amorcer un changement massif de la part des navetteurs.
Retour à la voiture
En constatant que le système ne fonctionne pas, les principaux intéressés n'auront guère le choix que de reprendre la voiture, même si plus stressante, cette solution devrait rester la plus fiable. De plus, les résidents devront financer la gratuité des transports en commun grâce aux impôts alors que les frontaliers ne pourront pas totalement bénéficier de cette "révolution" puisqu'ils devront toujours payer le trajet jusqu'à la frontière.
La voiture reste donc la brebis galeuse du Luxembourg en matière de mobilité, le pays ayant le plus grand nombre de véhicules par habitant dans l'Union européenne. Une éducation appropriée pourrait faire changer les mentalités, une tâche difficile vu les prix relativement bas des carburants et les salaires élevés du pays.
S'agit-il alors d'une nouvelle campagne de "nation branding" sensée raviver les couleurs du Grand-Duché à l'étranger sans vraiment avoir d'impact réel sur la vie des résidents, ou bien d'un mauvais calcul qui aurait omis de prendre en compte la complexité démographique, socio-économique et géopolitique du Luxembourg ?
Les auteurs du rapport doutent en tout cas de l'efficacité de cette décision et appellent les autorités à trouver de vraies solutions, en accord avec le contexte, certes compliqué, mais pas impossible à améliorer de manière concrète, sans artifice.