Confidences et souvenirsLes pompiers de Luxembourg se livrent avant le grand déménagement

Maurice Fick
Ils y ont partagé des moments fraternels et vécus des retours d'interventions douloureux. Juste avant de quitter ce dimanche la route d'Arlon pour emménager dans une des casernes les plus modernes d'Europe à Gasperich, des pompiers professionnels de Luxembourg se confient.
La caserne de pompiers de Luxembourg déménage
Bien trop petite et devenue vétuste, la caserne de la route d'Arlon déménage dimanche 12 septembre 2021.

Bien plus que les flammes dans un immeuble ou une usine, leur hantise, "ce sont les intervention en urgence impliquant des enfants", lâche la gorge serrée le sergent-major Marc Gergen, 48 ans. Les collègues autour, hochent pudiquement la tête. Le "pilier" a passé la moitié de son existence dans les murs du centre de secours de Luxembourg-Ville.

Ce dimanche 12 septembre, les pompiers professionnels du centre de secours de Luxembourg-Ville quitteront définitivement leur "caserne-domicile" du 50, route d'Arlon. En cortège, une trentaine de véhicules de pompiers traverseront toute la capitale pour se rendre, avec un peu de retard, au Centre national d’incendie et de secours (CNIS), la "plus belle caserne de pompiers de toute l'Europe" selon Lydie Polfer, la bourgmestre.

La caserne avait été construite pour accueillir 60 pompiers. Nous sommes à 160 aujourd'hui

"Un des moments terribles restera sûrement l'accident d'avion avec le Fokker 50", estime l'adjudant-chef Claude Wagner. Il fait référence au crash du 6 novembre 2002 qui avait fait vingt morts à 11 km de la piste d'atterrissage du Findel. Le pire accident aérien survenu à ce jour sur le sol luxembourgeois avait mobilisé toute la caserne. C'est de là que partent un cinquième des près de 17.000 interventions qui sont effectuées en moyenne par année sur l'ensemble du territoire!

Mais pour le colonel Serge Heiles, chef du centre de secours de la capitale depuis 2018, "les expériences les plus douloureuses, c'est quand des pompiers sont blessés en intervention". Son destin est lié depuis trente ans à la bâtisse plus que dépassée par l'évolution et le nouveau siècle. Évolution démographique de la capitale (76.000 habitants en 1970 contre 125.000 en 2021), du nombre d'interventions et de leur technicité obligent.

PLAFOND INSTABLE, EAU QUI GÈLE

En 1968, "la caserne avait été construite pour accueillir 60 pompiers. Nous sommes à 160 aujourd'hui", pose le colonel. Le complexe "ne permet même pas de garer tous les véhicules à l'intérieur. Il n'y a pas assez de parkings. La moitié sont garés à l'extérieur". Ce qui pourrait apparaître comme un souci logistique était bien plus pénalisant par moment puisqu'"en hiver il arrivait que l'eau gelait dans les camions", confesse le patron.

Largement sous-proportionnée, la caserne de la route d'Arlon ne peut contenir la cinquantaine de véhicules dont elle est dotée, ni même offrir une place dans son "aire de repos" à la trentaine de pompiers qui sont pourtant de garde. Si le bunker a bien résisté au temps (c'est devenu un lieu de stockage pour pneus), l'état de délabrement de la salle de sport au sous-sol ne laisse pas de place au doute. Son plafond est instable.

Mais au moment de le quitter, tous les pompiers, jeunes ou moins jeunes, expriment leur attachement sentimental au lieu.
"C'est un bâtiment avec un cœur" et "sur chaque chambre on pourrait écrire une histoire", confie le sergent-major Marc Gergen, 48 ans qui a passé la moitié de son existence ici.

NOUVELLE CASERNE À LUXEMBOURG ?

Contrairement à ce qui avait été annoncé, les pompiers de Luxembourg déménagent plus tard que prévu vers le CNIS. Mais dès qu'ils y mettront le pied, dimanche à 11h15, ils seront pleinement opérationnels depuis le nouveau site de Gasperich. L'accès immédiat au rond-point Glück va permettre de mieux desservir certains quartiers de la capitale mais risque de compliquer la donne pour d'autres.

Le service Prévision-Planification "est en train de faire des études pour savoir où construire une nouvelle caserne. Beggen ou Dommeldange sont évoqués" pour couvrir l'ouest de la capitale, glisse le colonel Heiles. C'est trop tôt pour dire s'il s'agira d'une nouvelle caserne ou juste d'une annexe du CIS de Luxembourg. "Mais tout le monde sait que ça va durer au moins une dizaine d'années", sait-il par expérience.

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