Néo-Luxembourgeois"Les motivations pour obtenir la nationalité ont changé depuis l'arrivée de Trump"

Raphaëlle Dickes
adapté pour RTL Infos
Grâce à son arrière-grand-mère, Daniel Atz, un Américain, a acquis la nationalité luxembourgeoise en 2014. Depuis, il a aidé 3.000 personnes à devenir des citoyens luxembourgeois et a récemment tourné un documentaire sur les Luxembourgeois en Argentine.
L'hôtel de ville de Luxembourg photographié au mois de mai 2021
L’hôtel de ville de Luxembourg photographié au mois de mai 2021
© Maxime Gonzales/ RTL Luxembourg

Nous rencontrons Daniel Atz dans le parc Pescatore. C’est une journée grise et humide de fin novembre. Cet Américain d’origine luxembourgeoise est chez nous pour quelques jours. Ce week-end a lieu la première de son documentaire sur les Luxembourgeois en Argentine.

J’ai encore du mal à dire ‘Je suis Luxembourgeois’. C’est aussi parce que je ne parle toujours pas correctement le luxembourgeois et ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’ai suivi plusieurs cours coûteux, mais je n’arrive pas à dépasser un niveau très basique”, explique cet homme qui parle couramment le portugais et le mandarin en plus de l’anglais.

Den Daniel Atz am Gespréich mat der RTL-Journalistin Raphaëlle Dickes
Den Daniel Atz am Gespréich mat der RTL-Journalistin Raphaëlle Dickes
© Loïck Boulet

Tout a commencé à Paris. C’est là que Daniel a étudié le droit européen des affaires. Cet étudiant originaire du Nebraska, aux États-Unis, s’était habitué à la vie en Europe. Il était déterminé à avoir l’occasion d’y retourner. Pas seulement en tant qu’étudiant ou touriste.

L’occasion s’est présentée grâce à l’article 29, devenu par la suite l’article 89, de la loi sur la nationalité de 2017.

Jusqu’à la fin de l’année dernière, les étrangers pouvaient obtenir la nationalité luxembourgeoise à condition de prouver qu’un de leurs ancêtres directs était citoyen luxembourgeois en 1900.

Le fait que l’arrière-grand-mère de Daniel Atz était originaire d’Esch s’est donc avéré très utile. Marguerite Kruchten avait épousé un Américain et avait émigré avec son mari aux États-Unis, dans l’État du Kansas, après la Première Guerre mondiale. Ils y ont fondé une famille.

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Daniel ne savait pas grand-chose du Luxembourg auparavant. À part quelques anecdotes de son enfance concernant une librairie à Esch, la Librairie Diderich. “Ma mère est venue visiter le Luxembourg en 1981. Elle n’avait même pas vraiment compris qu’il s’agissait d’un pays indépendant. C’est pourquoi je n’avais pas vraiment d’image du Grand-Duché à l’époque”.

Des liens forts avec le Grand-Duché

Depuis, l’Américano-Luxembourgeois a tissé des liens forts avec le pays. Grâce au reportage télévisé de RTL en 2017, il a rencontré sa famille ici, au Grand-Duché.

À la télévision, Daniel avait raconté son histoire et montré des photos de son arrière-grand-mère luxembourgeoise. Le hasard a voulu que la nièce de Marguerite Kruchten, Annette, a vu le reportage et l’a reconnue sur les photos. Le contact avec Daniel a été établi par l’intermédiaire de RTL. Nous avons également documenté cet épisode dans un reportage.

D'Renconter tëscht dem Daniel an dem Annette am Dezember 2017

Depuis, j’ai déjà passé de nombreux Noëls avec ma famille luxembourgeoise”, sourit Daniel. “Ce sont des personnes que j’appelle dans les moments de joie, mais aussi dans les moments difficiles”. Il est profondément attristé par la perte de sa “grand-mère luxembourgeoise”. Annette est décédée en 2023.

Daniel est reconnaissant d’avoir une deuxième famille au Grand-Duché, fier de ses origines luxembourgeoises et soulagé d’avoir la double nationalité.

“Au Luxembourg, la société se soucie encore de l’individu. Je suis extrêmement préoccupé par les tendances que nous observons aux États-Unis, qui, à mon avis, nous éloignent de plus en plus de cela. Être luxembourgeois me procure un sentiment de sécurité. Et un sentiment de fierté”.

Les valeurs d’une société sont importantes pour lui, explique cet Américain-Luxembourgeois de 37 ans. Il a passé ces dernières années en Europe. Depuis un an, Daniel vit à nouveau à New York. Pour combien de temps encore, nul ne le sait.

Forte hausse des demandes pour devenir Luxembourgeois

Lorsque Daniel Atz a obtenu sa nationalité en 2014, personne ne s’attendait à ce que Donald Trump devienne président des États-Unis trois ans plus tard.

Dès le premier mandat de Trump, la demande pour acquérir la nationalité luxembourgeoise par le biais d’un ancêtre avait augmenté. Grâce à sa plateforme luxcitizenship.com, Daniel aidait déjà à l’époque les personnes intéressées dans leurs démarches pour devenir Luxembourgeois.

Reportage vu Januar 2018

Avec le retour de Trump à la Maison Blanche en 2025, la demande a explosé de manière exponentielle, explique Daniel Atz. Un grand nombre de personnes issues de la communauté LGBT se manifestent également, mais pas seulement.

Les motivations pour devenir Luxembourgeois ont changé. “Les gens viennent moins parce qu’ils veulent établir un lien émotionnel avec un parent décédé ayant des racines luxembourgeoises. Il s’agit plutôt des valeurs avec lesquelles ils ont grandi et qu’ils ne reconnaissent plus ici de l’autre côté de l’océan. C’est pourquoi ils veulent partir”. D’autres indiqueraient dans leur lettre de motivation que le modèle économique luxembourgeois leur convient mieux, à eux et à leurs enfants, que celui des États-Unis.

Inquiet au sujet des “nouveaux Luxembourgeois”

Le fondateur de Luxcitizenship craint que certains “néo-Luxembourgeois” quittent précipitamment les États-Unis, vendent tout ce qu’ils possèdent et pensent pouvoir s’installer sans difficulté au Luxembourg ou en Europe. “Cela m’inquiète énormément qu’ils risquent de se retrouver dans une situation financière très précaire”, déclare Daniel.

Selon lui, les personnes particulièrement exposées sont celles qui descendent d’une lignée masculine luxembourgeoise et qui portent donc toujours le même nom de famille. “Ils peuvent obtenir la nationalité en vertu de l’article 7 et n’ont même pas besoin de se rendre au Luxembourg pour cela”, souligne Daniel, “ils ne connaissent donc pas du tout le pays et ne savent pas dans quoi ils s’embarquent. Il en va de même pour de nombreuses personnes de son entourage. Ils vendent leur maison, leur voiture, retirent leurs enfants de l’école et prévoient de venir en Europe. Mais ils n’ont jamais mis les pieds sur le continent européen auparavant”.

Le fait de quitter son pays pour s’installer dans un autre n’est pas chose simple, et il n’est pas non plus garanti que ce qui fonctionne pour une personne fonctionnera pour une autre. “J’ai eu une conversation très franche avec plusieurs clients, car je pense que ce n’est pas dans leur intérêt, et surtout pas dans celui de leurs enfants”.

Bien que Daniel Atz gagne de l’argent en aidant les gens dans leurs démarches, il critique également le fait qu’au fil des ans, 30.000 Brésiliens et 20.000 Américains ont acquis la nationalité sans vivre au Grand-Duché, simplement parce qu’ils sont descendants de Luxembourgeois.

Cela représente potentiellement environ 50.000 personnes provenant d’un autre continent qui pourraient s’installer de manière permanente au Luxembourg.

Ouvrir le dialogue

Je vois clairement les avantages que ce programme peut apporter. Environ 2.000 Brésiliens se sont installés au Luxembourg. Beaucoup d’entre eux font des choses extraordinaires dans des start-ups, en ouvrant des restaurants ou autres. Je pense également qu’il est important d’avoir un débat honnête à la Chambre, ainsi que dans la société, sur ce que cela signifie. Il ne s’agit pas seulement d’être luxembourgeois, mais aussi d’intégrer peut-être 50.000 personnes venues d’autres parties du monde, avec des valeurs et une éducation différentes”.

Même s’ils ne viennent pas vivre au Grand-Duché, ils peuvent toutefois voyager à travers le monde avec un passeport luxembourgeois, souligne Daniel: “c’est déjà une réalité aujourd’hui que des Brésiliens se rendent aux États-Unis avec un passeport luxembourgeois et y restent illégalement, à cause de l’ESTA. Je connais plusieurs personnes dans cette situation et cela m’inquiète dans le contexte actuel”.

Il est important d’ouvrir le dialogue avec les nouveaux Luxembourgeois, estime Daniel. Au Brésil et en Argentine, il existe diverses organisations dans lesquelles les nouveaux Luxembourgeois sont impliqués.

Dans son documentaire “Luxembourgeois en Argentine”, on fait la connaissance de plusieurs de ces Luxembourgeois et de leurs liens avec le Grand-Duché. Certains ont depuis longtemps un lien sentimental authentique. D’autres ont découvert leurs liens familiaux grâce à la généalogie, souvent pendant la pandémie.

RTL Télé diffusera le documentaire ce dimanche soir à 20h.

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