Les études concernant l’impact de l’intelligence artificielle sur l’évolution de la société s’accumulent et elles ne sont guère rassurantes. Dans sa dernière note de conjoncture, le STATEC évalue l’impact théorique de l’IA au Luxembourg. On y apprend que 90% des travailleurs du pays sont exposés à l’IA et qu’il y a un “risque de remplacement” pour 14% d’entre eux.
Cet état des lieux fait malgré tout ressortir une note d’espoir : “Malgré de vastes incertitudes, le pays dispose d’atouts, notamment une économie fortement orientée vers les services, qui pourraient influencer sa capacité à s’adapter à ces évolutions.”
Point étonnant : la perception de l’IA est globalement positive. On l’envisage plutôt comme une opportunité, surtout pour les plus diplômés et les plus jeunes, que comme une menace. Pourtant ce sont les travailleurs des métiers les plus exposés qui tendent davantage à considérer l’IA comme une opportunité (professions intellectuelles et scientifiques, cadres, employés administratifs…).
À l’échelle macro-économique, les ajustements liés à l’IA affectent déjà l’emploi des jeunes aux États-Unis, mais aussi en France, rapporte l’Insee dans une note de conjoncture publiée ce mardi. En France, au quatrième trimestre 2025, l’emploi salarié des 15-29 ans (hors alternants) a reculé en glissement annuel “de 7,4% dans les activités informatiques, de 5,8% dans l’édition, et de 3,7% dans les activités de conseil en gestion, quand l’emploi salarié privé de l’ensemble du secteur marchand non agricole baisse de 0,7%", précise l’Institut.
Dans ce contexte, l’inquiétude est perceptible lorsqu’on tend le micro aux résidents du Luxembourg, même si la plupart reconnaissent être déjà utilisateurs de l’IA.
“Ça m’excite dans le sens où je vois que ça peut quand même amener de très bonnes choses, notamment dans le domaine de la santé ou d’autres milieux, mais effectivement quand c’est utilisé à des fins un peu plus malicieuses, ça fait peur.”
“Honnêtement, j’ai un peu peur que parfois ça nous dépasse, parce que je pense qu’on n’a pas vraiment conscience des dangers de l’intelligence artificielle, d’autant plus que ça se développe vraiment.”
“C’est un danger, parce que c’est un outil qu’on peut utiliser à bon escient, mais également pour faire de mauvaises choses.”
“Bien sûr, c’est un progrès. Mais pour les jeunes générations, ça peut être un problème parce qu’ils vont avoir moins besoin de penser et réfléchir suffisamment.”
“Ça va trop vite pour les gens, non ? Les jeunes, ils n’apprennent plus rien, ils regardent ça et ils savent tout.”
Dans une note parue le 19 mars dernier, Oxford Economics affirme qu’”un avenir dystopique d’une destruction massive d’emploi par l’IA et de travailleurs se disputant un nombre en diminution d’emplois peu qualifiés est improbable”.
Le développement de l’IA “n’en est qu’à ses débuts, ses effets économiques les plus importants restent à venir”, explique ce cabinet.
D’ici quelques années, les agents conversationnels ne se limiteront plus à fournir une réponse à une question: ils exécuteront une série de tâches de manière autonome. Les “agents” d’IA pourront alors par exemple gérer une chaîne d’approvisionnement, évaluer des risques financiers ou encore développer des logiciels de manière autonome.
Pour en revenir au Luxembourg, le STATEC reste mesuré dans la conclusion de sa note, évoquant une progression rapide et un impact économique et social profondément incertain. Le Luxembourg est à la fois bien positionné et fortement exposé, en raison de son économie de services, etc. Les opportunités sont réelles (productivité, compétitivité, qualité des tâches, etc.) mais les défis le sont tout autant, notamment pour transformer le changement technologique en gains de productivité.
RTL Infos vous proposera prochainement un épisode de l’émission Cosmopoly sur le sujet.