Secteur bancaireLes banques parées pour faire face à une crise économique, mais pas éternelle

RTL Infos
L'ABBL, l'Association des banques et banquiers Luxembourg, a présenté mercredi son bilan 2019 à la presse.

Le Luxembourg vit pour une bonne part du secteur financier. A la différence de la crise de 2018, les banques n'ont pas besoin d'aides publiques. Cette fois, ce sont elles qui contribuent à la relance de l'économie fortement impactée par la pandémie de Covid-19.

Globalement, les 127 banques de la place vont bien. Pour 2019, les volumes monétaires sont à un bon niveau: environ 815 milliards d'euros pour le bilan total.

Les dépôts sont élevés: 658 milliards d'euros en 2019, soit 39 de plus qu'en 2018.

Revenus en baisse et coûts en hausse

Les banques n'ont cependant plus beaucoup de revenus. Les coûts continuent à grimper, surtout à cause des taux d'intérêt négatifs, que les banques doivent payer à la Banque centrale européenne pour des dépôts, se plaint le président de l'ABBL, Guy Hoffmann. Mais les coûts administratifs et de personnel augmentent aussi. On se retrouve ainsi avec un bon revenu net de 12 milliards d'euros, mais dans le même temps avec des coûts qui s'élèvent à 7 milliards.

''Ce sont des évolutions que nous avons vues régulièrement ces dernières années. Cela nous amène à un ''cost/income'' de plus de 60%. Il était encore à 43% en 2012, si je me souviens bien. Cela signifie que l'évolution des coûts par rapport aux revenus, ne joue pas en notre faveur.''

Le résultat avant impôts et provisions, baisse de 6,4 points par rapport à 2018. S'il atteint 4 milliards 74 millions d'euros en 2019, la tendance est à la baisse.

18.000 moratoires accordés

Avec un capital propre de 48 milliards d'euros, les banques peuvent remplir leur rôle dans la relance de l'économie luxembourgeoise, considère le président de l'ABBL. Cela ne devrait évidemment pas durer éternellement. Six banques luxembourgeoises et deux banques internationales s'étaient déjà déclarées prêtes à donner aux entreprises des moratoires de six mois maximum sur les prêts à rembourser. 18.000 demandes ont été accordées pour un montant de 3,7 milliards d'euros. Ces moratoires ne pourront cependant en aucun cas être prolongés, selon Guy Hoffmann.

''Non, la solution ne peut pas être que nous ajournions éternellement les crédits, car alors nous aurions transféré le risque des entreprises au secteur financier. A un moment donné, nous devrons voir si le mécanisme fonctionne ou pas.''

Les nuages sombres s'accumulent au-dessus de certains secteurs, car la relance prend plus de temps qu'initialement prévu:

"Les secteurs de l'aviation, de l'événementiel, de l'Horesca, ce sont des secteurs qui ne fonctionnent pas du jour au lendemain de 0 à 100%. Les conséquences vont prendre plus de temps à survenir. Là, nous verrons probablement les répercussions réelles dans 6,9 ou 12 mois", d'après Yves Maas, le directeur général de l'ABBL.

Le secteur bancaire pourrait sortir renforcé de la crise

Au final, dans ce contexte européen, la place bancaire luxembourgeoise pourrait sortir renforcée de la crise. En tout cas aussi longtemps que la crise ne passe pas des entreprises au secteur financier.

Pierre Etienne, vice-président de l'ABBL, rappelle que le Luxembourg est, à côté de l'Allemagne, le seul pays en Europe qui a toujours son triple A. Même si la croissance plonge de 6% et que le déficit public bondit de 30%. Ce sont encore de bons chiffres dans le contexte européen.

Pour en revenir aux banques, les premières analysent retiennent qu'au coeur de la crise, 80% du personnel a pu passer en quelques jours au télétravail. C'est une surprise positive, mais qui a aussi un coût au niveau des infrastructures, de l'adaptation des systèmes informatiques et de la cybersécurité. Le télétravail devrait être maintenu de manière limitée à l'avenir.

Pour le secteur bancaire, la relance économique est plus lente que ce que le gouvernement avait prévu au départ. A ce jour, seules 245 demandes de prêt avec garantie de l'Etat, ont été déposées par des entreprises. Mais le secteur bancaire serait en décalage par rapport à l'impact de la crise. L'heure de vérité viendra lorsque les moratoires expireront et que les entreprises devront à nouveau rembourser leurs crédits. Selon Guy Hoffmann, il reste juste à espérer un nouvel élan économique.

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