
“Il manque des places en psychiatrie juvénile”, aussi bien en stationnaire qu’en ambulatoire. Tel était l’appel lancé par le Parquet la semaine dernière après qu’une jeune fille a attaqué une autre ado avec un couteau au Limpertsberg. L’activité en pédopsychiatrie dépend de la dynamique de l’année scolaire, explique le docteur Gerhard Ristow, pédopsychiatre au Service national de psychiatrie juvénile (SNPJ) dans une interview à RTL.
Avant et pendant les vacances, la situation est plus calme. Après les vacances scolaires, le stress à l’école augmente à nouveau et, en conséquence, la pédopsychiatrie est davantage sollicitée. Par moments, le service de psychiatrie juvénile est engorgé. Les patients qui n’ont pas besoin d’une hospitalisation d’urgence sont alors placés sur une liste d’attente, par exemple des adolescents souffrant de troubles anxieux.
Entre 2020 et 2025, le nombre de patients hospitalisés en pédopsychiatrie est passé de 362 à 457, soit une augmentation de 26 %. Les places d’hospitalisation sont actuellement en cours d’extension, de sorte que l’on passera bientôt de 30 à 45 places stationnaires. En matière d’hospitalisation, le Luxembourg sera alors relativement bien positionné.
“Le véritable manque dans le pays concerne les structures fermées”, souligne le docteur Ristow. A l’UNISEC, l’Unité de sécurité du Centre socio-éducatif de l’Etat, où sont accueillis des jeunes ayant commis des infractions, le nombre de places est insuffisant. Actuellement, il y en a 12. Ce nombre devrait passer à 30 d’ici 2030.
La ministre de la Santé Martine Deprez a réagi rapidement aux critiques du parquet, notamment en annonçant que ses services travaillaient actuellement avec le ministère de l’Éducation sur des structures visant à combler le fossé entre les traitements hospitaliers et ambulatoires pour les jeunes.
Dans le domaine pédagogique, il faut des structures fermées pour les adolescents qui fuguent, explique Gerhard Ristow. “Ce sont les enfants qui n’ont peut-être pas encore de comportement problématique d’ordre psychiatrique ou pas pertinent pour relever de la psychiatrie. Mais ils présentent un comportement problématique dans le sens où ils se soustraient au cadre pédagogique en fuguant. C’est un sujet qui préoccupe beaucoup de foyers pour enfants dans le pays.” Le Luxembourg ne dispose d’aucune structure pour les accueillir.
Et il y a encore un troisième groupe de jeunes ayant besoin d’une structure fermée : ceux qui représentent un danger pour eux-mêmes. Pour ces trois groupes, il faudrait créer des places spécifiques. En effet, il s’agit de cas psychosociaux qui sont envoyés en psychiatrie juvénile alors qu’ils n’y ont pas leur place. Ils prennent la place d’autres patients.
Gerhard Ristow s’interroge également sur la manière dont le Service national de psychiatrie juvénile de la Kannerklinik peut faire face avec seulement 8 à 10 places d’hospitalisation. D’après son expérience antérieure en Allemagne, ce nombre serait largement insuffisant, explique le docteur Ristow. A Mannheim, avant 2009, ils disposaient de 24 places d’hospitalisation en pédopsychiatrie pour 500.000 habitants. Le manque de places entraînerait un report des problèmes, une situation à laquelle on est déjà confronté aujourd’hui.
“Personnellement, je trouve qu’il est toujours très attractif de travailler au Luxembourg”, répond le pédopsychiatre à la question de savoir s’il devient encore plus difficile d’attirer des psychiatres pour enfants et adolescents au Luxembourg, maintenant que les tarifs médicaux ont été gelés pour cette année. Le président de la société luxembourgeoise de pédiatrie, Serge Allard, avait en effet déclaré vendredi dernier à la radio qu’avec une telle décision, les autorités ne réussiraient certainement plus à attirer des psychiatres au Luxembourg.
Le concept de travailler comme médecin libéral à l’hôpital n’existe pas de cette façon en Allemagne. Sur le plan financier également, il trouve attractif de travailler au Luxembourg, explique le pédopsychiatre arrivé au Grand-Duché en 2009. En tant que médecin assistant, il gagnait alors 4.500 euros par mois en Allemagne.
Le revenu est toutefois l’un des rares arguments permettant de motiver des collègues de l’étranger à venir travailler ici, reconnaît Gerhard Ristow. Certains ont du mal à envisager de travailler à l’étranger. Pour d’autres, l’offre de loisirs est extrêmement importante. Peut-être que le Luxembourg pourrait devenir encore plus attractif à ce niveau, sourit le pédopsychiatre.