"Face-à-face"Le système fiscal luxembourgeois est-il injuste ?

Carine Lemmer
adapté pour RTL Infos
Mercredi matin, la justice fiscale était le thème de l'émission "Face‑à‑face" sur RTL Radio, avec pour invités le ministre des Finances CSV, Gilles Roth, et le directeur de la Chambre des salariés, Sylvain Hoffmann.
© Carine Lemmer

Le ministre des Finances, Gilles Roth, et le directeur de la Chambre des salariés, Sylvain Hoffmann, se sont donc retrouvés face à face sur RTL mercredi matin. Selon le représentant des salariés, il y a un manque de justice fiscale  : "le travail est trop fortement imposé, tandis que le capital et le patrimoine ne le sont pas assez". Le taux d’imposition maximal devrait également être beaucoup plus élevé. "Un système fiscal n’est jamais parfait, pas même le nôtre", a admis le ministre des Finances, en assurant travailler en permanence à son amélioration, notamment actuellement avec l’individualisation et une classe d’imposition unique, censées faire disparaître des injustices.

"Notre barème est certes progressif, mais il ne l’est pas suffisamment vers le haut", critique Sylvain Hoffmann, qui évoque également un problème lié au fait que l’imposition des entreprises a diminué ces dernières années. Une hausse du taux d'imposition maximal n’est par ailleurs pas prévue.

La ligne directrice de l’État serait avant tout d’"alléger la charge fiscale qui pèse sur la grande majorité de la population, la 'bosse' des classes moyennes". Cette affirmation du ministre des Finances est toutefois accueillie avec scepticisme par le directeur de la CSL.

Un impôt sur les successions en ligne directe ne verra pas le jour avec ce gouvernement. Pour la CSL, ce n’est pas un tabou, même si elle cible seulement les grandes successions et souhaite protéger une population plus large. Gilles Roth a estimé qu’un tel impôt n'aurait de toute façon "pas une portée majeure avec quelque 800 successions par an". "Plus de quatre successions sur cinq sont actuellement exonérées d’impôt", affirme la CSL, "ainsi, les inégalités continuent à s’accentuer".

L’imposition des entreprises a également été abordée dans la discussion. Celle‑ci serait trop basse et aurait encore diminué ces dernières années, a critiqué Sylvain Hoffmann. Le ministre des Finances a toutefois répondu que le Luxembourg "n’était pas seul au monde". "Il faut une fiscalité des entreprises compétitive afin d’attirer des entreprises au Luxembourg, et c’est pour cette raison que les taux ont été abaissés, afin de se rapprocher de la moyenne de l’OCDE, qui se situe entre 32 % et 24 %".
270 entreprises sur 40.000 représentent plus de 75 % des recettes de l’impôt sur les sociétés. Au cours des deux dernières années, ces recettes sont passées de 2,4 à 3,6 milliards d’euros, a encore souligné Gilles Roth. Sylvain Hoffmann a toutefois rétorqué que cette hausse "n’était pas due à un taux plus bas, mais aux bénéfices très élevés qui ont été réalisés". 

La CSL critique également le régime des “impatriés”. Il s’agit des "talents" recrutés à l’étranger, qui viennent travailler au Luxembourg et bénéficient d’avantages fiscaux. Pendant une certaine période, ils ne doivent payer des impôts que sur la moitié de leurs revenus. "C’est une mesure très bénéfique et importante", a expliqué le ministre des Finances. "C’est la raison pour laquelle ce régime a été rendu plus attractif, car le secteur financier a besoin des talents nécessaires". Le secteur financier contribue à hauteur de 25 % à la croissance économique et à 75 % des recettes fiscales des entreprises. "Les 8. 400 milliards d’euros placés dans les fonds luxembourgeois doivent être gérés par des personnes hautement spécialisées et talentueuses. Il s’agit donc d’une mesure très importante", a encore souligné Gilles Roth.

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