
Trois faits leur sont reprochés: une opération d'écoutes illégales, le vol de données et le non-respect de la sphère privée. Concrètement, il s'agit de savoir si ces trois hommes ont procédé à des écoutes illégales de l'homme d'affaire, Loris Mariotto.
L'un des témoins de ce procès très attendu est Jean-Claude Juncker, qui devrait être présent à l'audience mercredi. A l'époque des faits, il était ministre d'Etat et en tant que tel, politiquement responsable des activités du SREL. C'est donc lui qui aurait dû autoriser les écoutes.
A propos de ce dossier, circule également la rumeur qu'un entretien entre Jean-Claude Juncker et le Grand-Duc Henri aurait été enregistré sur un CD crypté, qui semblerait ne pas pouvoir être décodé.
Le procès devrait durer jusqu'au 13 mars, huit audiences sont prévues.
En octobre 2013, le gouvernement CSV-LSAP du Premier ministre Jean-Claude Juncker était tombé après qu'une commission d'enquête de la Chambre ait révélé des dysfonctionnements au sein du Service de renseignement de l'Etat luxembourgeois.
Cette première audience a été dominée par les critiques juridiques des avocats des trois accusés - Marco Mille, Fränk Schneider et André Kemmer. Ces derniers n’ont pas pris la parole mardi, au contraire de leurs avocats.
Maître Pol Urbany a été le premier à s’exprimer. L‘avocat d’André Kemmer considère que plus de 13 ans après les faits, le tribunal devrait déclarer irrecevables les poursuites contre son client. Le procès pourrait s’arrêter immédiatement, un procès dans lequel il sera question des souvenirs du témoin clé, Jean-Claude Juncker, qui aurait dit: „Nous n’avons rien entendu quand nous avons écouté.“
C’est pourquoi il était convaincu que le Premier ministre de l’époque avait autorisé les écoutes dont avait fait l’objet le spécialiste en électronique, Loris Mariotto. Jean-Claude Juncker avait déclaré plus tard à ce sujet n’avoir absolument plus aucun souvenir, mais ne pas l’exclure. Entre les deux premiers procès reportés, le dossier avait été laissé dans un tiroir pour protéger l’ancien ministre d’Etat.
L‘avocat d’André Kemmer s’est pour sa part senti dérangé par le fait que le parquet dispose des fichiers audio correspondants, mais pas la défense. Ce serait la première fois qu’il serait confronté à quelque-chose de tel.
Pour Maître Urbany, Jean-Claude Juncker devrait être coaccusé et non témoin, et Loris Mariotto, qui serait responsable de toute cette affaire, devrait être le premier accusé et non une partie civile.
Maître Laurent Niedner est revenu sur des informations que la défense a seulement reçues la semaine dernière, sous la forme d’un classeur. Il en ressortirait qu’en décembre 2012, François Bausch, qui était alors député d’opposition, n’aurait reçu qu’une copie et non la clé USB originale, sur laquelle figurait le fameux « entretien de la montre » entre son client, Marco Mille, et Jean-Claude Juncker. Avec pour conséquence qu’on se serait référé à un verbatim incorrect de cette conversation. Selon des fonctionnaires du ministère d’Etat, l’ex-Premier ministre n’aurait rien dit dans cet entretien à propos des écoutes sur Loris Mariotto, alors que le politicien CSV l’aurait bien fait en réalité
Maître Laurent Ries a affirmé que son client, Fränk Schneider, avait été inactif dans cette affaire et que par conséquent, il contestait toute responsabilité. Ce dernier ne voit pas non plus ce qui lui est reproché.
Pour le représentant du parquet, les juges devraient aborder la majorité de ces questions dans le jugement, mais le délai raisonnable n’aurait pas été dépassé.
A la fin de l’audience, le président de la Cour a dit qu’il fera connaître sa décision sur ce point mercredi après-midi.