Travailler en étant maladeLe présentéisme, "un problème largement répandu" au Luxembourg

Gaël Arellano
La Chambre des salariés attire l'attention sur un "problème largement répandu" au Luxembourg: le présentéisme, soit le fait d'aller travailler en se sentant malade. En moyenne, les salariés travaillent 12 jours par an en se sentant malades... Contre 5 jours d'absence pour maladie.
© Olivier Hale / Unsplash

Travailler malgré la maladie. C’est un problème “souvent ignoré” mais “largement répandu” au Luxembourg, affirme la Chambre des salariés en cette fin du mois de mars. Le présentéisme affecte tous les secteurs d’activité mais pas de la même manière. En effet, dans sa dernière enquête “Quality of Work 2024", l’organisme représentatif a sondé des salariés qui exercent aussi bien “des professions élémentaires” que des professions “intellectuelles et scientifiques”. Et le constat est sans appel: les premiers travaillent beaucoup plus souvent en se sentant malades que les autres (34 jours par an contre 14).

Selon la littérature scientifique passée en revue par la Dares, les coûts estimés du présentéisme pourraient dépasser ceux de l’absence pour maladie

Le fait d’être “en bas de l’échelle” jouerait également un rôle si l’on se fie à l’enquête “QoW 2024". En effet, chez les dirigeants, les cadres de direction et les gérants, le taux de présentéisme tombe à 9 jours par an. Ce phénomène touche particulièrement les salariés exerçant des professions plus exposées à des conditions de travail difficiles, confirme la Chambre des salariés dans un communiqué envoyé à la presse jeudi. La crainte de perdre son emploi ou d’être pénalisé seraient des facteurs déterminants pour inciter les salariés malades à aller travailler.

À l’inverse, ce sont les dirigeants et les cadres qui accumulent le moins de jours d’absence pour maladie (3,3 jours). Les “professions élémentaires”, elles, affichent une moyenne annuelle de 7,7 jours, soit un écart de 4,4 jours. Pour la Chambre des salariés, cela implique que “les différences entre professions et, dans une moindre mesure, entre les secteurs sont nettement plus importantes en termes de présence qu’en termes d’absence”. Un présentéisme qui pourrait d’ailleurs coûter plus cher aux entreprises que les arrêts maladie, d’après la littérature scientifique.

En dehors du risque de contamination pour les autres employés et des erreurs potentiellement commises par un salarié malade qui va travailler, le présentéisme pose d’autres problèmes majeurs. “Il faut prendre en compte les coûts cachés du présentéisme comme l’impact sur le moral des salariés présents malgré la maladie, la diminution de la satisfaction professionnelle, le désengagement, une hausse du turnover et une augmentation du risque que d’autres salariés se sentent également sous pression et se rendent malades au travail générant un climat défavorable”, écrit la CSL. De plus, le présentéisme ne permet pas aux employés de récupérer pleinement et peut engendrer des absences prolongées.

Le présentéisme est souvent motivé par la crainte de pénalités ou de perte d’emploi, surtout en période de crise économique

Dans ce contexte, la CSL estime important de souligner qu’au Luxembourg, les salariés se rendent en moyenne plus souvent au travail en étant malades qu’ils ne s’absentent pour cause de maladie. Et alors que la présence au travail malgré la maladie semble “devenir la norme”, elle milite pour que cette culture change au sein des entreprises du pays. Pour ce faire, elle prône la prévention, la non-stigmatisation et la réinsertion bienveillante des personnes malades. “Des fondamentaux” pour prévenir autant que faire se peut le présentéisme et ses dangers. Pas sûr que les employeurs voient cela du même œil.

Back to Top
CIM LOGO