
Cela signifie tout simplement que des personnes sont désormais rémunérées sur le budget de l’université pour travailler sur des projets qui n’existent plus.
La ministre de l’Enseignement supérieur, Stéphanie Obertin, a déclaré en réponse à une question posée après la réunion: “je comprends que ce n’est certainement pas une bonne chose, compte tenu des fonds publics en jeu. Mais la neutralité n’est pas garantie. Et je pense qu’on ne peut pas vraiment reprocher à qui que ce soit le fait qu’il y ait eu, en substance, un conflit d’intérêts dans la sélection des projets”.
Petit rappel des faits: la chercheuse Emma Schymanski faisait partie du jury chargé de sélectionner les projets Audacity, bien qu’elle fût elle-même candidate avec un projet. Elle n’a ni évalué ni classé son propre projet, mais s’est acquittée de cette tâche pour ses concurrents directs dans le cadre de cette bourse de recherche. Suite à cette affaire, la ministre Stéphanie Obertin a réagi: “je ne peux que le répéter encore et encore : si nous découvrons quelque chose qui, à notre avis, ne respecte pas la neutralité, alors des mesures doivent être prises. Et c’est ce qui a été fait ici. C’est pourquoi j’ai également soutenu la décision prise par le rectorat”.
Simone Niclou a affirmé devant la Chambre qu’aucune erreur n’avait été commise. Mais si aucune erreur n’a été commise, sur quelle base ces projets ont-ils alors été annulés ?
“Dans ce cas précis, nous avons simplement décidé que, pour regagner la confiance qui avait été ébranlée, nous allions annuler l’ensemble de la procédure et retirer l’appel à projets de l’année dernière”.
Au total, les cinq projets sélectionnés – dont celui d’Emma Schymanski – s’étaient vu attribuer deux millions d’euros, selon la vice-rectrice: “l’impact est bien sûr immense pour les équipes qui avaient un projet. Ce n’est pas agréable. Bien sûr, dans les cas où des contrats ont déjà été conclus, ils seront honorés”.
Elle n’était pas en mesure de dire sur le moment combien de contrats étaient concernés, mais elle s’est engagée à fournir cette information. Lorsque RTL a interrogé l’université, celle-ci a répondu cette semaine “pas de commentaire”, bien qu’elle doive communiquer ces informations à la Chambre.
Simone Niclou a déclaré en début de réunion qu’il serait difficile pour le rectorat d’intégrer la commission si la confiance des députés n’était pas totale. Elle a participé à cette commission en l’absence du recteur Jens Kreisel, qui est en arrêt maladie jusqu’au 4 mai. C’est le président du Conseil d’administration de l’université, l’entrepreneur Yves Elsen, qui était présent et qui a présenté l’audit prévu par le Conseil d’administration afin de faire la lumière sur cette situation. Avant toute chose, il a tenté de calmer le jeu et a expliqué que plusieurs aspects faisaient partie de la méthodologie que l’auditeur devrait mettre au point.
Yves Elsen a expliqué que l’appel d’offres exige un espace d’expression totalement sécurisé, où chacun peut parler librement sans craindre d’impact sur son parcours universitaire. C’est, insiste‑t‑il, une condition non négociable pour le Conseil, qui applique une politique de tolérance zéro. Il souligne que la démarche vise les faits et non les personnes.
Le Conseil a également chargé le service d’audit interne de réaliser un examen complet du système. Cet audit doit vérifier que les règles de confidentialité et de prévention des conflits d’intérêts existent bien, qu’elles sont intégrées dans tous les règlements internes et qu’elles sont appliquées de manière uniforme à tous les niveaux, afin de garantir un traitement équitable pour tous.
Le député David Wagner (déi Lénk) a également demandé au rectorat s’il voyait un conflit d’intérêts dans la collaboration de l’université avec les entreprises du président Yves Elsen. Mais au lieu que ce soit le rectorat, c’est l’intéressé lui-même qui a répondu directement. Ce qu’Yves Elsen a décrit ressemblait au moins autant à une aide d’État potentielle qu’à un conflit d’intérêts. En effet, il a admis qu’il coûtait moins cher à son entreprise, Hitec, de payer le SNT (Interdisciplinary Centre for Security, Reliability and Trust) de l’université pour la recherche que si cette dernière devait la mener elle-même.
“l existe différents types de coopération avec l’université. Le premier est la recherche contractuelle. Et c’est précisément celle-là qu’utilise Hitec. Nous payons l’université pour mener à bien nos projets de recherche. Je pense que dans le cadre d’une politique économique où nous voulons mettre l’accent sur l’innovation et la recherche, c’est un facteur très important pour des entreprises comme la nôtre, qui sont des PME. Ici, au Luxembourg, cela nous permet de le faire à un coût qui nous fait économiser beaucoup sur les frais de transport”.
Son entreprise a conclu de tels contrats avec l’université depuis 2008, or la loi sur l’université stipule notamment que les membres du Conseil d’administration ne peuvent exercer aucune autre “fonction” au sein de l’université. Ce à quoi Yves Elsen a répondu: “lorsque le gouvernement m’a demandé si j’acceptais le mandat au sein du conseil, il en était pourtant pleinement conscient”.
Il a toutefois également fait valoir qu’il n’avait pas participé aux négociations relatives à ces contrats de recherche, ni du côté de ses entreprises ni du côté de l’université.
Ces explications n’ont toutefois pas satisfait David Wagner. Il a déclaré après la réunion: “je pense qu’il serait préférable d’avoir un président qui ne soit pas en situation de conflit d’intérêts, surtout pas avec des entreprises ayant des projets ou des collaborations avec des entités de l’université. C’est très simple. M. Elsen pourrait régler cela lui-même assez rapidement. Bon, avec le recul, c’est un peu tard pour les projets déjà en cours. Mais en tout cas, cela devrait être le principe. Je pense qu’il faudrait être très strict là-dessus, oui. C’est donc problématique. On ne peut pas se contenter de dire, ‘Oh, ça va, ça fera l’affaire’, je ne suis pas d’accord avec ça”.
Avec les questions en suspens et les audits à venir, ce ne sera certainement pas la dernière fois que l’université et ses dirigeants font l’objet d’un débat à la Chambre.