Il arrive fréquemment d’entendre que le service de déminage de l’armée a été appelé pour désamorcer une bombe ou de vieilles munitions, datant généralement de la Seconde Guerre mondiale. Mais les origines d’un tel service au Grand-Duché remontent plus loin dans le passé. En septembre, cela fera 100 ans que le service a été fondé. Pour célébrer ce centième anniversaire, le Musée national d’histoire militaire (MNHM) de Diekirch va publier un ouvrage. Notre collègue de RTL, Marc Hoscheid, a rencontré Claude Peffer, le principal responsable de ce projet, qui a lui-même travaillé au Service de déminage.
Le point de départ du livre est le 3 août 1914, lorsque le Luxembourg est bombardé par la France. Entre 1914 et 1918, le déminage était aux mains des troupes allemandes, mais après la fin de la Première Guerre mondiale, les troupes américaines et françaises prirent le relais. Il fallut attendre 1925 pour que le Luxembourg prenne lui-même en charge le déminage. D’abord les premiers responsables du service ont été envoyés en Belgique, comme l’explique Claude Peffer, démineur à la retraite:
“Il s’agit alors du lieutenant Jean Joseph Gilson de la compagnie des volontaires et du futur gendarme Nicolas Arnould Kaiser. Ils sont allés trois semaines en stage, pour le dire ainsi, et les Belges ont partagé avec eux leur expérience. Et pour voir ce qui en a résulté, lorsqu’ils ont effectivement commencé en septembre 1925: d’abord, le nombre de victimes civiles, qu’il s’agisse de morts ou blessés, a diminué drastiquement et ils ont éliminé plus de 8.000 kilos de munitions entre 1925 et 1940.”
Pendant que le Luxembourg était occupé par l’Allemagne nazie entre 1940 et 1944, le déminage fut pris en charge par le Service technique d’urgence de la Défense aérienne. Il s’agissait en grande partie de Luxembourgeois qui avaient été enrôlés de force. Il n’est donc pas surprenant que le 12 septembre 1944, soit deux jours seulement après la première libération, le déminage ait repris. A cause de l’Offensive des Ardennes, qui dura de la mi-décembre 1944 à la fin janvier 1945, les travaux de remise en état dans l’Oesling furent reportés. En avril 1945 fut créé le commando de déminage, qui eut également recours à des prisonniers politiques. En 1952, le déminage est définitivement revenu à l’armée. Aujourd’hui encore, des bombes non explosées sont retrouvées partout au Luxembourg et, selon Claude Peffer, il est peu probable que cela change de sitôt:
“À mon époque, dans les années 90, nous éliminions en moyenne environ quatre tonnes de munitions par an. Aujourd’hui, ce sont huit à dix, si je me souviens bien. Pourquoi c’est ainsi? Mais c’est très simple, cela dépend de la situation économique. Et surtout, combien construit-on et où vont les gens?”
Le livre ne sera pas simplement une énumération de dates historiques, il aura aussi un caractère anecdotique. Claude Peffer a beaucoup voyagé à travers le monde durant son passage au Service de déminage. Il y a aussi connu des situations plus critiques, par exemple en 2006 en Afghanistan:
“Je me rendais une fois par semaine au ministère afghan de la Défense pour un briefing, et ce jour-là, comme chaque fois, j’attendais devant l’entrée que le chauffeur vienne me chercher et me ramener. Mais au dernier moment, j’ai reçu un appel téléphonique m’informant que la réunion avait été annulée et reportée à une autre date. Alors je suis retourné à mon conteneur et dix minutes plus tard, il y a eu une détonation terrible et quelqu’un s’était fait exploser avec une voiture devant l’entrée. C’est une chose où l’on dit: ça suffit.”
Mais il a aussi vécu de très belles expériences. Par exemple, en Azerbaïdjan, où les habitants étaient extrêmement amicaux et le traitaient comme s’il s’agissait d’une vieille connaissance. Si les gens étaient globalement plus curieux et moins réticents les uns envers les autres, il y aurait moins de problèmes dans le monde. Et les démineurs du monde entier auraient alors probablement moins de travail.
Claude Peffer recherche également des documents et surtout des photos pour son livre. Si des gens veulent donner un témoignage, il va les voir pour les interviewer. Les noms des personnes qui participent seront mentionnés dans le livre, à moins qu’elles ne s’y opposent.
Les coordonnées de Claude Peffer:
Numéro de téléphone : 621 358 756
Courrier électronique : peffercl@pt.lu