Ainhoa AchuteguiLe nombre d'IVG a augmenté "drastiquement" ces dernières années au Planning familial

Annick Goerens
"La société a complètement changé, nous sommes certes plus informés, mais pas forcément mieux," a dit mercredi sur RTL Ainoah Achutegui, la présidente du Planning familial, dont on célèbre cette année le 60ème anniversaire. 

“C’est alarmant": les maladies sexuellement transmissibles sont en nette hausse

Dans les années 60, “les membres fondateurs du Planning familial devaient encore se rendre dans les usines pour éduquer les jeunes hommes et femmes. À cette époque, il fallait vraiment encore expliquer ce qu’était une érection.” Donc de vraies informations basiques. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire, mais un gros travail d’information reste cependant à faire car, par exemple, les cas de maladies vénériennes continuent d’augmenter au Luxembourg. “C’est alarmant”, estime Ainhoa Achutegui. Le ministère de la Santé a publié en début de semaine des chiffres sur la syphilis, qui se propage de plus en plus au Luxembourg. Mais les chiffres du Planning familial le montrent aussi. Les causes sont diverses. Avant tout le fait que “les préservatifs sont de moins en moins utilisés”. En effet, le SIDA n’est désormais plus considéré comme un grand danger, car il existe maintenant de bons traitements contre cette maladie sexuellement transmissible. Pour lutter contre cela, le Planning familial revendique la gratuité du préservatif. Beaucoup d’autres moyens contraceptifs sont déjà gratuits au Luxembourg. Il faut en outre encore sensibiliser davantage sur la problématique de ces maladies vénériennes.

Les courants conservateurs sont de plus en plus forts

La libéralisation de l’avortement avec l’élaboration de lois garantissant ce droit est “l‘une des plus grandes réussites du Planning familial”. En 1978, la première loi a été rédigée, entretemps nous en sommes à la troisième version. Ainhoa Achutegui souligne que le chemin n’a pas été facile. Si aujourd’hui, il y a “une large approbation dans la société”, à l’époque, le Docteur Marie-Paule Molitor-Peffer a dû beaucoup lutter. Dans le monde entier, on voit aujourd’hui, surtout aux États-Unis, que les courants conservateurs “des opposants à l’avortement, des masculinistes et des incels” (célibataires involontaires) opèrent avec beaucoup d’argent et gagnent du terrain. Ils “s’opposent délibérément aux femmes” et il faut y prendre garde, car même le Luxembourg “n’est pas une île”.

Prolonger le délai de l’IVG de 12 à 14 semaines

Pour mieux protéger ce droit des femmes, il faut inscrire l’IVG dans la Constitution, selon Ainoah Achutegui, car un parlement peut rapidement changer une loi. En revanche, une Constitution se modifie moins vite. Le Planning familial plaide encore pour prolonger le délai de l’IVG de 12 à 14 semaines. Cette mesure s’applique déjà depuis longtemps dans les pays voisins. L’association des gynécologues luxembourgeois, la Société luxembourgeoise de gynécologie et d’obstétrique, a mis en garde contre ce prolongement, car ce serait plus dangereux pour les femmes. Le Planning familial considère les choses différemment. Après 12 semaines, la procédure est effectivement effectuée à l’hôpital, “mais le risque ne serait pas aussi élevé qu’il est représenté”. Ce serait “une solution pour les femmes qui remarquent seulement leur grossesse très tardivement ou pour celles qui font un déni de grossesse”.

Le nombre d’IVG augmente, mais il y a un manque de chiffres globaux au Luxembourg

Au cours des deux à trois dernières années”, le nombre d’avortements a “vraiment augmenté drastiquement” au Luxembourg. Au moins ceux effectués au Planning familial. C’est pourquoi le Planning s’est adressé au ministère de la Santé pour obtenir aussi le nombre d’avortements pratiqués chez les gynécologues, mais il semble qu’ils ne soient pas recensés, critique Ainhoa Achutegui. Selon elle, “c’est problématique, car aucune politique de santé publique ne peut être menée ainsi, sans chiffres.”
Une explication possible pour cette hausse des avortements est “l’augmentation de la précarité” et que les femmes décident de ne pas mettre un enfant au monde parce qu’elles n’en ont pas les moyens financiers. Il faudrait vérifier cette hypothèse, mais pour cela, il faudrait aussi des chiffres, selon la présidente du Planning familial.

Back to Top
CIM LOGO