Crise du coronavirusLe Luxembourg "devrait s'en sortir"... s'il n'oublie pas ses entreprises

Romain Van Dyck
Avec la crise du Coronavirus, le Luxembourg a montré ses forces et ses faiblesses. Pour aider le pays à se relever, il va falloir continuer à soutenir les entreprises, plaide la Fondation Idea.
© Fondation Idea

Préserver l'emploi et le tissu productif: pour y parvenir durant cette crise, le Luxembourg a misé gros, près de 11 milliards d'euros. Et jusqu'ici, ça marche: le Luxembourg s'en tire bien mieux que la plupart des pays européens (lire par après). Malgré cela, prévient la Fondation Idea dans un récent rapport, "le Grand-Duché ne devrait pas échapper à sa plus sévère récession depuis 1975".

Car durant cette crise du Coronavirus, "le Luxembourg est apparu particulièrement vulnérable" analyse Michel-Edouard Ruben, économiste dans ce Think Tank de la Chambre de Commerce. Quelques chiffres:

  • Le repli de l’activité durant la période aiguë de confinement (23 mars-17 avril) y a été de l’ordre de 25% par rapport à une situation sans mesures de restriction,
  • jusqu’à un tiers des salariés se sont retrouvés au chômagepartiel en mars et avril,
  • le nombre de personnesen emploi est revenu à son niveau d’août 2019,
  • et le tauxde chômage a augmenté de 5,5% à 6,9% entre février et avril.

Bref, malgré les effets bénéfiques du programme de stabilisation de 11 milliards (subventions aux PME, indemnités de chômage partiel, avances remboursables, reports de paiements d’impôts et de cotisations sociales, congés pour soutien familial, garanties pour prêts bancaires, etc.), le pays pourrait bien connaître sa pire récession depuis près d'un demi-siècle, et "pourrait voir son PIB se contracter de 5,5% pour revenir en 2020 au niveau qui était le sien … en 2017".

LES "SPÉCIALITÉS" LUXEMBOURGEOISES

© Fondation Idea

Depuis les années 70, le Luxembourg a connu 5 années (1975, 1981, 2008, 2009, 2012) durant lesquelles son PIB a reculé. Ces années ont toujours coïncidé avec des récessions synchronisées – c’est-à-dire touchant simultanément plusieurs pays de l’OCDE.

© Fondation Idea

Mais alors qu’en 1975 la récession au Luxembourg fut la plus profonde parmi les pays européens, le Grand-Duché devrait "s’en sortir" avec une "moins mauvaise performance" en 2020, et aussi "avec le décrochage le moins prononcé au sein de l’UE en 2020 d’après les prévisions – certes à prendre avec des pincettes - de la Commission européenne".

Cette dernière s'expliquerait "par un niveau plus faible de CDD, un poids plus réduit de la consommation des ménages dans le PIB, le soutien public de grande ampleur à la demande effective", sans oublier les "spécialités" luxembourgeoises que sont les secteurs financiers et TIC qui "représentent près de 35% de la valeur ajoutée totale" et un pourcentage élevé d’activités dites "télétravaillables".

OUI MAIS CETTE FOIS, IL Y A UN SATANÉ VIRUS...

À cause des restrictions sanitaires qui s'annoncent durables, cette crise économique ne ressemble décidément à aucune autre. Plusieurs facteurs restent inquiétants:

  • Certaines activités qui supposent de l’interaction physique (commerce, horeca, etc.) pourraient rester longtemps moins fréquentées voir  interdites...
  • Des interrogations sur le "monde d’après" la pandémie sont de nature à rendre frileuses certaines entreprises qui risquent dès lors d’"attendre pour voir" avant de lancer des investissements
  • Le "grandconfinement" pourrait être une récession inhabituellement grave et prolongée à moins que de "rassurantes et positives nouvelles sanitaires, politiques, et économiques" ne surviennent "et qu’une reprise économique vigoureuse ne s’installe à partir du troisième trimestre".

LES RECOMMANDATIONS DE LA FONDATION IDEA

La crise actuelle est grave et la reprise pourrait bien être lente. Par conséquent, tant que l'économie n'aura pas réellement redémarré, le Luxembourg doit continuer à "soutenir autant que possible et sauver autant que nécessaire les entreprises afin de préserver les emplois".
La Fondation Idea suggère notamment de compléter au besoin le plan de renouveau (Neistart Letzebuerg) et d'aller "jusqu’à décider d’aider les entreprises (sans distinction de taille ni de secteur) à restaurerleurbilan et préserver leur solvabilité".

Une manière de procéder pourrait être de "transformer" certaines aides destinées à soutenir la trésorerie des entreprises. Les avances remboursables, le financement spécial anti-crise, les crédits bancaires garantis par l’Etat, l’annulation des avances fiscales des deux premiers trimestres, ou la flexibilité pour le paiement des cotisations sociales... Autant de "dettes contractées dans un contexte de pertes d’activités et de maintien des coûts fixes qui vont ronger les capitaux propres."

Par conséquent, dans l’optique de "soutenir autant que possible et de sauver autant que nécessaire", la conversion en capitaux propres des avances remboursables ou la part SNCI du financement spécial anti-crise pourrait être envisagée, plaide la Fondation.

De manière plus incisive, il pourrait être décidé de réduire pour 3 mois de 50% les cotisations sociales (salariés, employeurs, et indépendants). Cela coûterait à l’Etat moins de 2% de PIB et participerait à améliorer la solvabilité de toutes les entreprises.

Bref, il faut faire en sorte que "les entreprises osent envisager de recommencer à investir et embaucher puisqu’elles auraient l’assurance que "tout sera fait" pour que l’économie renoue avec le plein-emploi."

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