Sommet européenAucun progrès sur le budget, le Luxembourg reste au centre du jeu

Pierre Jans
adapté pour RTL Infos
Le sommet européen de Bruxelles n’a pas permis de débloquer les discussions sur le prochain cadre financier pluriannuel, qui doit couvrir la période 2028–2034.
De Luc Frieden huet sech zu Bréissel de Froe vun der Press gestallt.
De Luc Frieden huet sech zu Bréissel de Froe vun der Press gestallt.
© FREDERIC SIERAKOWSKI

Les positions restent figées et le Luxembourg se retrouve, une fois de plus, au milieu de deux camps irréconciliables : ceux qui veulent contenir les dépenses européennes et ceux qui plaident pour un budget plus ambitieux afin de répondre aux nouveaux défis du continent.

Comme souvent, les lignes de fracture suivent les réalités économiques. Les grandes puissances contributrices, à commencer par l’Allemagne, cherchent à limiter l’augmentation de leur participation, tandis que les pays du Sud et de l’Est défendent les mécanismes de cohésion qui leur permettent de réduire les écarts de développement. À cela s’ajoutent des divergences sur les priorités : les États les plus riches, comme les Pays-Bas, veulent orienter davantage de moyens vers l’innovation, alors que d’autres continuent de privilégier des politiques traditionnelles telles que l’agriculture.

Dans ce paysage complexe, le Luxembourg tente de maintenir une position d’équilibre. Luc Frieden l’a rappelé à Bruxelles : le pays ne souhaite ni freiner l’action européenne, ni s’engager dans une hausse incontrôlée des dépenses. Pour lui, le futur budget devrait rester globalement dans la ligne de celui qui arrive à son terme, et les propositions de la présidence irlandaise vont dans ce sens. Le Luxembourg contribue actuellement à hauteur d’environ 570 millions d’euros par an, une somme modeste à l’échelle d’un budget européen qui avoisine les 1.200 milliards d’euros. L’idée, un temps évoquée par la Commission, de porter ce montant à 2.000 milliards a été rapidement abandonnée.

Le président du Conseil européen, António Costa, doit désormais trouver une voie de compromis. Le calendrier joue contre lui : il reste du temps jusqu’en décembre, mais rien ne garantit que les 27 parviendront à s’entendre d’ici là. Luc Frieden assure que le Luxembourg participera de manière constructive aux discussions, tout en reconnaissant que personne ne sait encore à quoi pourrait ressembler le compromis final.

Un autre facteur pèse sur les négociations : la politique intérieure française. Il serait nettement plus simple d’adopter un budget européen cette année, avec Emmanuel Macron encore en fonction, que l’an prochain si Marine Le Pen devait accéder au pouvoir. Le cadre financier pluriannuel doit être approuvé à l’unanimité, et un changement politique majeur dans un État clé pourrait rebattre les cartes.

Au-delà des dépenses, la question des recettes reste sensible. Luc Frieden l’a répété : le Luxembourg est réticent à l’idée de nouvelles taxes européennes. Il ne veut pas que des prélèvements supplémentaires viennent contrecarrer la baisse de la fiscalité nationale, notamment la réduction récente de l’impôt sur les sociétés. Pour le gouvernement, toute nouvelle taxe européenne devrait être soigneusement calibrée pour ne pas pénaliser les efforts entrepris au niveau national.

Le sommet de Bruxelles n’a donc pas permis de rapprocher les positions, mais il a confirmé que le Luxembourg entend jouer son rôle de médiateur entre les partisans de la rigueur et ceux qui veulent renforcer l’action européenne. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si les Vingt-Sept parviendront à s’accorder sur un budget capable de répondre aux ambitions de l’Union dans un contexte géopolitique et économique de plus en plus exigeant.

Back to Top
CIM LOGO