
Difficile de répondre par la négative. Quand le loup s'établit dans une région, on remarque dans toute l'Europe que cela occasionne des attaques sur les moutons. Néanmoins, il s'agit des cas de prédation les plus visibles qui faussent l'image que l'on peut se faire du prédateur et de ses attaques, explique le Dr. Laurent Schley, biologiste et directeur adjoint de l'Administration de la nature et des forêts (ANF).
"En lisant la presse un peu partout, on a l'impression que le mouton est sa principale proie. C'est complètement faux. La grande majorité de ses proies sont des proies sauvages; chevreuil, sanglier, cerf... C'est prouvé par de nombreuses études scientifiques" nuance ainsi cet expert de la question. "Mais comme ces animaux ne sont pas dans des enclos et n'ont pas de propriétaires, ça ne fait pas la Une des journaux."
Un plan d'action et de gestion du loup a été publié en 2017, impliquant notamment l'ANF, le ministère du Développement Durable et des Infrastructures, le musée National d’Histoire Naturelle, des chasseurs, des agriculteurs, des éleveurs et des scientifiques. Au total, 18 auteurs de tous bords ont rédigé ce plan.
"On ne réduira jamais à zéro les attaques de loup sur des animaux d'élevage mais en suivant des mesures de prévention, on peut les réduire de manière très significative" estime Laurent Schley. Rappelons que le loup est une espèce protégée et que sa chasse est strictement interdite. "Il a un effet très positif sur l’équilibre écologique de nos écosystèmes naturels" ajoute le biologiste.
Depuis 2015, l'ANF a thématisé le fait que le retour du loup dans le pays est possible dans la mesure où sa présence s'étend en Europe. Deux populations, celle présente en Pologne et en Allemagne du nord et celle des Alpes, progressent vers la Grande Région, soit le Bénélux, la Rhénanie-Palatinat, la Lorraine, et donc forcément vers le Grand-Duché.
"Cette dernière apparition à Wincrange est la quatrième depuis 2017. Donc oui, le loup va apparaître de plus en plus chez nous et je suis certain qu'il finira par s'installer de manière permanente, sans doute de manière transfrontalière" appuie Laurent Schley.
Pour le moment, seuls des loups solitaires ont été aperçus au Luxembourg. Pour qu'il s'installe durablement, il faut qu'il se reproduise. "Une meute de loups ne migre pas. Ce sont des individus solitaires qui parcourent l'Europe jusqu’à ce qu’ils trouvent un partenaire, puis se reproduisent pour former une meute qui exploitera un territoire plus ou moins stable" explique le biologiste.
Un cas de reproduction a été constaté dans les Hautes Fagnes en 2021, à quelques dizaines de kilomètres du Luxembourg, un autre en Flandre. "Deux meutes sont identifiées en Belgique, deux voire trois aux Pays-Bas, même chose en Rhénanie-Palatinat" souligne Laurent Schley. "Il y a encore cinq ans, il n'y avait rien aux Pays-Bas, rien en Belgique et rien en Rhénanie-Palatinat."

A priori non, rappelle le directeur adjoint de l'ANF, qui prend pour exemple des années de présence du canidé au-delà des frontières luxembourgeoises.
"Cela fait 30 ans que le loup est présent en France et une centaine de meutes sont recensées. En Allemagne, après avoir constaté sa présence il y a 20 ans, il y a presque 150 meutes aujourd'hui. Et aucune attaque sur un être humain n'a été enregistrée" souligne-t-il.
D'ailleurs, pour la petite anecdote, lui-même s'est retrouvé face à deux loups il y a quelques années, au Canada. "J'étais très proche, à environ 6 mètres. Ils m'ont regardé durant quelques secondes, le temps de m'identifier en tant qu'être humain et puis, ils sont partis. Ce sont des animaux curieux."
Rappelons tout de même qu'il est fortement déconseillé de se rapprocher d'un animal sauvage, loup ou autre, et qu'il ne faut pas le nourrir, afin de ne pas modifier son comportement naturel et son régime alimentaire habituel.
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