Carte interactive, photos, vidéoLe boom des espaces de coworking au Grand-Duché

Gaël Arellano
Le coworking, mode de travail importé des Etats-Unis, s'est fait une place sur le marché luxembourgeois. Focus sur ce phénomène qui prend d'assaut la capitale.
Coworking au Luxembourg
Enquête sur le coworking au Luxembourg.

Cela fait maintenant près de 20 ans que les espaces de coworking se multiplient sans trop se faire remarquer au Grand-Duché. Un business florissant qui a pris d’assaut la capitale avec notamment, l’arrivée de Spaces dans le quartier Gare au mois de janvier 2020 qui est devenu, par la même occasion, le plus grand espace de coworking de la capitale. Pas étonnant quand on sait qu'il est issu du groupe IWG qui détient, entre autres, les centres d’affaires Regus.

Et il n'y a qu'à voir notre carte pour mesurer l'ampleur du phénomène: la capitale luxembourgeoise est littéralement cernée par les espaces de coworking. Silversquare, Ginkgo, The Office, Bamhaus, City Incubator, Maison Breedewee... Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas l'offre qui manque. Et si offre il y a, la demande doit forcément suivre.

LE CONCEPT

Des bureaux partagés, d'autres privés, des salles de réunion, des niches, des espaces de restauration, des salles de sport et parfois même des cabines de repos. Tout ça sous un même toit pour permettre aux usagers de ces espaces de coworking de travailler de manière flexible tout en profitant d'un certain nombre de services. Une composante incontournable pour ces espaces de travail partagés.

Encore plus important que les services cependant, c'est ce que les experts du secteur appellent la "communauté". En effet, au delà des services qui sont proposés, l'attrait de ces espaces de coworking viendrait des liens que l'on peut former en y travaillant.

William Willems, directeur régional du groupe IWG, argue par exemple que l'on peut y rencontrer "de futurs clients ou de nouveaux collaborateurs". Barbara Brecko, directrice générale de Ginkgo ajoute "lorsqu'on démarre une activité, c'est extrêmement intéressant" de travailler dans ce genre d'environnement. 

Vous l'aurez compris, on parle évidemment de "networking". "Tout le monde s'y retrouve. Aussi bien le coworker qui veut entrer dans une communauté d'affaires qu'un gros corporate qui veut travailler avec plus de flexibilité" explique William Willems. Une recette qui semble effectivement plaire à un bon nombre d'entreprises qui optent le plus souvent pour des postes de travail dédiés ou pour des bureaux privatifs.

"La majorité de nos clients reste longtemps", confirme Barbara Brecko qui explique que le concept est à peu de chose près le même que lorsqu'on loue un appartement. "Les bureaux leur appartient et nous on intervient lorsqu'il y a un problème d'ordre fonctionnel" ajoute-t-elle.

Ce qui n'empêche évidemment pas les coworkers d'utiliser les espaces de travail partagés ou de louer un poste qui leur sera dédié. De quoi boucler la boucle puisque le modèle d'affaire repose justement sur ce mélange "espace commun/espace coworking/espaces privés".

UN MARCHÉ "OUBLIÉ"

En pleine expansion, le marché du coworking semble pourtant être passé sous le radar du ministère du Travail qui a admis "ne pas disposer de chiffres actuels concernant les entreprises de ce genre". Nous avons heureusement eu accès aux résultats d'une étude de marché réalisée par le groupe IWG à la fin de l'année 2018.

Celle-ci évalue le nombre d'espaces de coworking à une cinquantaine de sites issus du secteur privé, ce qui représente près de 50.000 m2 de surface "utile" (bureaux, espaces partagés etc...). D'après cette même étude, il existe également 17 sites issus de fiduciaires (14.000 m2) et plusieurs "incubateurs" qui représentent ensemble une surface avoisinant les 15.000 m2.

Des données qui ont permis au groupe d'évaluer la part de marché du coworking au Luxembourg à 1,7%. Une évaluation qui sera probablement revue à la hausse dans les années à venir puisque plusieurs nouveaux espaces doivent encore ouvrir au Grand-Duché au cours de l'année 2020.

LA PROBLÉMATIQUE DE L'ENCADREMENT

D'après ce que nous avons appris auprès du gouvernement luxembourgeois, à ce jour, le coworking n'est pas encadré par une législation spécifique. En effet, ce mode de travail pour le moins atypique suit actuellement les lignes imposées par le Code du travail classique "comme toutes les autres entreprises" nous explique un conseiller de gouvernement au ministère du Travail.

D'où le besoin d'adapter le droit du travail luxembourgeois comme le prévoit l'accord de coalition conclu en 2018 par le gouvernement en place: "Compte tenu de la transformation du monde du travail [...], le droit du travail doit être adapté afin de ne pas agrandir les lacunes juridiques qui se sont ouvertes."

En attendant, il ne fait nul doute que les espaces de coworking continueront à se multiplier puisqu'ils répondent à une demande croissante de flexibilité de la part des employés et des employeurs, sans oublier les travailleurs indépendants à la recherche d'un point d'ancrage.

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