CattenomLa prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires inquiète Greenpeace Luxembourg

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Le 1er octobre, le premier réacteur de Cattenom a atteint sa durée d’exploitation initialement prévue de 40 ans.
Une importante inspection de sûreté est prévue pour le début de l’année 2027.
© Stephane Compoint / Only France via AFP

Les récents incidents impliquant des drones à l’aéroport de Luxembourg-Findel, qui ont fortement perturbé le trafic aérien, soulèvent également d’autres questions liées à la sécurité. Notamment celle de savoir dans quelle mesure la centrale nucléaire de Cattenom est protégée contre ce type de menace. Mardi, Greenpeace a mis en garde contre les risques liés à une prolongation de la durée d’exploitation de la centrale.

Le 1er octobre, le premier réacteur de Cattenom a atteint sa durée d'exploitation initialement prévue de 40 ans. Le groupe énergétique français EDF souhaite toutefois que ce réacteur nucléaire continue à produire de l’électricité pendant encore plusieurs années. Une importante inspection de sûreté du premier réacteur est prévue à cette fin au début de l’année 2027, notamment afin de remédier à d’éventuelles faiblesses.

L’étude met en évidence des faiblesses dans l’alimentation de secours

La physicienne diplômée allemande Oda Becker a réalisé, à la demande de Greenpeace, une nouvelle étude sur la sûreté du réacteur nucléaire de Cattenom. Elle y a notamment relevé plusieurs problèmes liés aux systèmes d’alimentation de secours, c’est-à-dire aux dispositifs destinés à faire face à des catastrophes naturelles.

"Pour répondre aux problèmes liés aux phénomènes naturels et aux faiblesses du réacteur, un système dit de 'noyau dur de sûreté' doit être installé. Ce dispositif de sécurité supplémentaire est censé garantir, même dans des conditions extrêmes, comme après un fort séisme ou une inondation, le refroidissement du cœur du réacteur ainsi que des combustibles entreposés dans les piscines de stockage. Or, ce système n’est toujours pas complètement mis en œuvre. De plus, son efficacité suscite des interrogations : il doit en effet être raccordé à l’installation existante. Si les conduites ou d’autres composants de celle-ci ne sont eux-mêmes pas résistants aux séismes, on peut certes y raccorder un équipement antisismique, mais à quoi bon si le reste de l’installation ne l’est pas ?"

Mais ce n’est pas tout :

"Les vannes sont fermées et une couche de rouille s’est formée au niveau des points de raccordement. Il est donc douteux que les mesures d’urgence prévues après un accident grave si un séisme, une inondation ou même une attaque terroriste détruit une grande partie des installations - puissent réellement empêcher de manière fiable un rejet de substances radioactives."

Greenpeace réclame plus de pression de la part des régions voisines

Selon Greenpeace, des mesures de sécurité prévues après la catastrophe de Fukushima ne sont toujours pas entièrement mises en œuvre. Pour l’expert nucléaire de Greenpeace, Roger Spautz, les pays voisins devraient faire davantage pression sur la France.

"On peut dire de manière générale que le risque d’accident augmente avec le vieillissement des réacteurs nucléaires. C’est pourquoi les pays voisins, comme le Luxembourg et l’Allemagne, ainsi que les Länder de Sarre et de Rhénanie-Palatinat, devraient s’impliquer davantage et agir, sur le plan politique et, le cas échéant, juridique, contre une prolongation de la durée d’exploitation des réacteurs de Cattenom."

Des doutes sur la protection contre les attaques de drones

Concernant la menace des drones, l’experte en sûreté nucléaire Oda Becker livre également une analyse claire.

"En 2014, plus de 30 survols de centrales nucléaires françaises par des drones ont été recensés. À l’époque, les drones n’étaient toutefois pas aussi performants qu’aujourd’hui. Un ordre de tir avait été donné, mais l’on n’a jamais découvert qui pilotait ces drones ni qui se trouvait derrière ces opérations. On n’a jamais pu déterminer s’il s’agissait d’un plaisantin ou de terroristes cherchant à menacer l’État. Dans ce contexte, plusieurs scénarios sont envisageables. À l’époque, il avait également été envisagé de déployer des unités militaires autour des centrales nucléaires. Cette option a finalement été abandonnée, car elle pouvait aussi se révéler contre-productive. Je dirais donc qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de moyens de défense sûrs. La question fait d’ailleurs l’objet de débats approfondis à l’échelle européenne."

Selon Greenpeace, le gouvernement luxembourgeois devrait exiger des autorités françaises des explications précises sur les dispositifs de protection contre les attaques de drones et les actes de sabotage.

L’organisation estime en outre que si ces mesures de protection s’avéraient insuffisantes, le Luxembourg devrait réclamer l’arrêt de la centrale.

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