Association des médecins et médecins-dentistes"La politique de santé de ce gouvernement est un échec total"

Dany Rasqué
Tim Morizet
traduit pour RTL Infos
Dans un entretien, le président de l'AMMD, Chris Roller, dénonce l'impasse des négociations avec la CNS et critique vivement l'inaction politique dans le dossier de la nouvelle convention.
© Anne Wolff

Les relations entre les médecins, la Caisse nationale de santé (CNS) et la ministre de la Santé Martine Deprez sont actuellement sous forte tension. Au cœur du conflit : la nouvelle convention entre la CNS et l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD), toujours en négociation.

Les médecins réclament davantage de flexibilité de la part de la CNS, notamment pour introduire plus rapidement de nouveaux traitements. Mais, selon eux, de nombreuses décisions relèvent en réalité du niveau politique.

Dans ce contexte, le président de l’AMMD, Chris Roller, se montre nettement moins optimiste que la ministre quant à une issue rapide. Alors que Martine Deprez avait récemment affirmé que la convention n’était plus qu’à signer, les médecins estiment que l’accord est encore loin d’aboutir.

Depuis la dénonciation de la convention fin octobre, des discussions ont été engagées à partir de décembre. Si les premiers échanges étaient constructifs, les négociations sont aujourd’hui dans l’impasse.

“Nous avons eu de bons échanges avec la CNS, mais nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons plus avancer sur le fond”, explique Chris Roller. “Il faut désormais des adaptations au niveau politique et du cadre légal. Voilà, nous attendons que les responsables politiques agissent, mais pour l’instant, il n’y a pas de véritable retour.”

L’AMMD estime que la responsabilité de ce blocage incombe en grande partie au pouvoir politique. Les médecins dénoncent notamment l’absence d’avancées sur certains engagements, en particulier dans le domaine de la médecine ambulatoire.

Des tensions autour des tarifs

L’un des principaux points de friction concerne la revalorisation des tarifs médicaux. Le Conseil supérieur de la sécurité sociale a décidé de ne pas accorder d’augmentation, une décision que la ministre de la Santé avait présentée comme indépendante du pouvoir politique.

Chris Roller nuance toutefois cette position : “C’est en partie vrai, mais il faut savoir que la ministre et la CNS ont recommandé au tribunal de ne rien accorder aux médecins, en invoquant des abus et fraudes supposés.” Il ajoute que cette recommandation a été suivie, ce qui en fait, selon lui, “aussi une recommandation d’ordre politique”.

Les médecins rejettent fermement ces accusations. Ils estiment que l’augmentation des actes médicaux ne relève pas d’un abus, mais d’une évolution des pratiques. “Pour la CNS, ce ne sont que des chiffres”, déplore Chris Roller, estimant que les réalités médicales ne sont pas suffisamment prises en compte.

Chris Roller ajoute que “dès que certains seuils sont dépassés, ils estiment que le ‘utile et nécessaire’ l’est aussi. Or, ils ne savent pas réellement quelles sont les recommandations médicales, puisqu’il n’y a pas de médecin à la CNS pour en juger”.

Il prend l’exemple de l’urologie : les recommandations de l’Association européenne d’urologie encouragent aujourd’hui des examens plus précoces, ce qui entraîne davantage de tests et d’analyses. “On nous reproche ensuite de faire trop d’IRM, alors que nous ne faisons qu’appliquer les recommandations pour détecter les maladies plus tôt”, explique-t-il.

Une situation bloquée et des tensions croissantes

Au-delà des aspects financiers, c’est l’avenir du système de santé qui est en jeu. Les médecins alertent sur une perte d’attractivité du Luxembourg si les conditions ne s’améliorent pas.

Le ton se durcit. “Nous avons un peu l’impression de parler sans nous comprendre”, affirme Chris Roller, appelant à des propositions concrètes plutôt qu’à la multiplication de groupes de travail sans résultats tangibles.

Il semble donc qu’il reste encore un besoin réel de dialogue, y compris avec le Premier ministre. Les médecins avaient, en début d’année, demandé un entretien par lettre. Le Premier ministre avait répondu qu’une rencontre serait possible au printemps, et l’AMMD est toujours dans l’attente, se disant déçue par l’attitude du monde politique.

Chris Roller va plus loin encore dans sa critique : “Jusqu’à présent, la politique de santé de ce gouvernement est un échec total.” Une déclaration qui illustre la crispation actuelle entre les médecins, la CNS et le gouvernement.

Une issue encore incertaine

Les positions restent donc très éloignées. L’issue des négociations demeure incertaine. En l’absence d’accord, le gouvernement pourrait imposer une solution par règlement grand-ducal. Une option que l’AMMD n’exclut pas de contester en justice.

Le temps presse : il ne resterait qu’environ six mois pour trouver un compromis.

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