
Au Luxembourg, le jour du dépassement, c'est-à-dire le jour où le pays a épuisé toutes ses ressources naturelles, était cette année le 20 février. "Nous sommes quand même des petits cochons". a déclaré jeudi sur RTL le directeur de Greenpeace Luxembourg. Cependant, étant donné que l'essentiel de cela est lié à notre économie ou au secteur financier, avoir un secteur financier durable constitue le plus grand défi d'avenir de la politique luxembourgeoise de protection de l'environnement.
"Avec leurs investissements, les 100 plus grands fonds du pays produisent quatre fois plus d'émissions de CO2 que l'ensemble du Grand-Duché", selon Raymond Aendekerk. De plus, nous avons entendu dans le discours sur l'état de la nation du Premier ministre que le gouvernement va continuer à miser sur le secteur financier. La Bourse s'engage aussi à proposer "des placements verts, mais cela ne représente que 2 à 3%. Qu'en est-il des 97% restants?" Là, il faut prendre garde au greenwashing.
Que peut faire le citoyen contre cela? Pas grand-chose, admet le directeur de Greenpeace Luxembourg. Des volontaires de Greenpeace ont fait le test pour réaliser des investissements respectueux du climat auprès de six banques différentes. Les banques ont échoué deux fois, soit à cause de leurs conseils, qu'elles doivent fournir en vertu d'une directive européenne, soit à cause du produit qu'elles proposent. "Si les gens veulent engager leur argent dans un projet, ils ont seulement la possibilité d'investir dans une coopérative énergétique, par exemple, ou d'acheter quelques parts auprès d'un agriculteur biologique." "Mais le grand acteur, avec ses milliards, fonctionne à un tout autre niveau, qui n'est pas envisageable pour le citoyen ordinaire", selon Raymond Aendekerk.
En matière de protection de l'environnement, les actions radicales [d'Extinction Rebellion ou de Last Generation, ndlr], comme la fermeture d'autoroutes, le pétrole déversé devant des bâtiments ou les projections de peinture sur des œuvres d'art, ont augmenté ces dernières années. Est-ce l'avenir? Raymond Aendekerk ne le pense pas. "Il existe plusieurs moyens pour rendre une chose publique." Il faut toutefois aussi souligner que ces actions restent encore non-violentes. Si des jeunes se collent à la chaussée, "c'est parce qu'ils sont désespérés" car rien ne fonctionne en politique. "Il faut le comprendre", selon le directeur de Greenpeace.
"Nous avons absolument besoin d'un changement de paradigme", Raymond Aendekerk en est convaincu. Pour y parvenir, il faut discuter de "trois sujets importants". Premièrement de "l’économie du bien commun, c'est-à-dire que fait chaque entreprise pour le grand public" en termes d’environnement, de questions sociales, de genre, de disparités Nord/Sud, etc.
Deuxièmement, nous avons besoin d'"un revenu de base universel." Aujourd’hui, avec les robots et la numérisation, nous n'avons plus de problème pour produire suffisamment. Mais en contrepartie nous avons besoin de garantir que les personnes qui n’ont pas d’emploi à temps plein, aient toujours un revenu.
Troisièmement, il faut discuter de "l’accès à la terre". "Tout le monde a besoin d’un endroit pour pouvoir vivre, travailler ou cultiver des poireaux." La grande question est de savoir où et comment cela sera discuté, selon Raymond Aendekerk.