
Beaucoup considèrent que des phénomènes météorologiques se produisant à l’autre bout de la planète ne nous concernent pas directement. Pourtant, derrière les termes souvent dramatiques qui circulent sur Internet et les réseaux sociaux, tels que "super‑événement" ou "événement Godzilla", se cache bien souvent une volonté d’attirer l’attention.
El Niño, terme espagnol signifiant "le garçon", est un phénomène météorologique qui se produit tous les deux à sept ans et dure en moyenne de neuf à douze mois. En conditions normales (dites phases ENSO neutres), les alizés déplacent les eaux chaudes de surface de l’Amérique du Sud vers l’Asie. Ce qui provoque la remontée d’eaux froides des profondeurs, un phénomène appelé "upwelling". Lorsque survient un épisode El Niño, les alizés s’affaiblissent, voire s’inversent, ce qui permet aux eaux chaudes de se répartir à travers le Pacifique au lieu de rester concentrées en Asie. Cela entraîne des conditions plus humides dans les régions situées autour de l’équateur et peut influencer l’atmosphère et les températures à l’échelle mondiale. Les effets varient selon les régions : le Pérou connaît souvent davantage d’inondations, tandis que, par exemple, l’Indonésie, l’Inde et certaines parties du Brésil doivent faire face à des épisodes de sécheresse. De manière générale, l’énergie transférée des eaux chaudes du Pacifique dans l’atmosphère influence le climat et les températures dans le monde entier. La phase contraire est appelée La Niña : les alizés y sont plus forts, les eaux froides remontent en surface et les températures baissent dans le Pacifique central et oriental.
Luca Mathias, météorologue de Meteolux, explique que le terme "super El Niño" n’est pas officiellement défini par l’OMM, l’Organisation météorologique mondiale. Cette expression est toutefois utilisée pour 2026 en raison de niveaux actuellement inhabituellement élevés de températures et de réserves de chaleur dans le Pacifique occidental, ainsi que d’une série de systèmes de vents d’ouest puissants qui, au printemps, ont transporté de grandes quantités d’eau chaude vers l’est. Un schéma caractéristique d’épisodes particulièrement intenses.

Ce point de vue est également partagé par le Met Office britannique. Dans un podcast, la responsable des prévisions à long terme a souligné que le Pacifique tropical se réchauffe actuellement plus rapidement qu’à n’importe quelle autre période de ce siècle, ce qui laisse entrevoir une évolution exceptionnelle. Les épisodes El Niño sont classés en fonction de l’écart par rapport à la température moyenne dans la région tropicale centrale et orientale du Pacifique : les phases faibles présentent une hausse de +0,5 à +1 °C, tandis que les phases fortes dépassent +1,5 °C. La désignation informelle de "super El Niño" est utilisée lorsque les augmentations excèdent +2 °C et persistent pendant plusieurs mois. Les modèles d’ensemble pour octobre 2026 affichent des valeurs comprises entre +1,5 °C et +3 °C.
Luca Mathias souligne que le Grand-Duché se situe bien en dehors des principales zones d’impact d’El Niño, à savoir l'Amérique, l’Asie orientale et l’Australie. Les effets potentiels ne se manifesteront qu’indirectement, via des connexions atmosphériques : le réchauffement tropical modifie le Jetstream dans le Pacifique Nord et influence ainsi la circulation atmosphérique et les champs de pression au‑dessus de l’Atlantique et de l’Europe. Ce mécanisme est toutefois complexe et difficile à quantifier.
Des analyses fondées sur 78 années de données relevées au Findel, incluant dix épisodes El Niño, montrent que la tendance la plus marquée apparaît à l’automne de l’année de développement du phénomène : les quantités de précipitations y sont alors supérieures d’environ 25 à 30 % à la moyenne. La réaction en hiver, souvent mise en avant dans les médias, est en revanche inconstante et ne fait ressortir aucune tendance claire. Les derniers épisodes majeurs d’El Niño ont donné lieu à des hivers contrastés, allant d’exceptionnellement doux à froids. Une seule certitude demeure : El Niño contribue à une hausse de la température moyenne mondiale, même si cet effet n’est pas toujours directement perceptible au Luxembourg.
Une comparaison illustre cette incertitude : le fort El Niño de 1997/1998 n’a entraîné ni étés exceptionnels ni hivers marquants au Luxembourg ; en 1982/1983, l’hiver n’a pas non plus été remarquable, malgré un automne humide. À l’inverse, 1972/1973 fut froid et sec. La variabilité des années domine donc largement tout signal El Niño au Grand-Duché.
Luca Mathias identifie deux phases clés. Entre la fin mai et le début juin 2026 survient ce que l’on appelle la "barrière de prévisibilité du printemps" (Spring Predictability Barrier). À partir de ce moment, les modèles sont en mesure d’évaluer plus précisément l’intensité potentielle de l’événement. La deuxième étape intervient à l’automne : ce n’est qu’en septembre‑octobre que les modèles saisonniers fourniront une indication plus fiable, bien que toujours probabiliste, de la manière dont l’hiver 2026/2027 pourrait se dérouler. D’ici là, la situation demeure donc plutôt incertaine pour le Luxembourg. Une chose est toutefois claire : dans un contexte de changement climatique, ce type de phénomène peut souvent avoir un impact supplémentaire.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) résume : sur le long terme, des températures plus élevées favorisent des phénomènes météorologiques et climatiques plus extrêmes et modifient les régimes de précipitations et de températures à l’échelle mondiale.