DéconfinementLa nouvelle vie d'un frontalier

Jérôme Didelot
Si beaucoup sont encore en télétravail, une partie des travailleurs frontaliers ont repris leurs activités au Grand-Duché cette semaine. C'est le cas de Benoît Martin, qui découvre un nouveau quotidien.
Nouvelle vie frontalier
Reportage: Jérôme Didelot, Sam Bouchon

Voilà 11 ans que Benoît Martin, spécialiste en efficacité énergétique des bâtiments et responsable de la société Cocert, est travailleur frontalier. Mais depuis ce lundi 11 mai, les choses ne sont plus tout à fait comme avant et c'est une nouvelle routine qui s'installe. Avant de prendre la route depuis Mondelange, ce n'est plus l'état du trafic qui occupe l'esprit de Benoît mais plutôt la préparation de son nouvel attirail: masque, gants, gel hydroalcoolique, attestation d'employeur.

CE N'EST PAS UNE POIGNÉE DE MAIN QUI L'ATTEND MAIS UN THERMOMÈTRE!

La route n'est qu'une formalité: pas de trafic, pas de bouchons, pas de contrôles aux frontières...

Mais une fois arrivé sur le site de l'IFSB (Institut de formation sectoriel du bâtiment), une autre forme d'obstacles se présente. Ce n'est pas une poignée de main ou une bise amicale qui attend Benoît mais un thermomètre! En effet, Patrick Nemry, chef du département sécurité à l'IFSB, a instauré ce protocole pour toute personne arrivant sur le site.

"Une des premières mesures, précise Patrick, c’est la prise de température de toute personne qui entre ici à l’IFSB, que ce soit les stagiaires ou les collaborateurs de l’IFSB. Ensuite, on a mis en place des mesures de prévention comme la signalisation. Nous avons tout un parcours avec les voies de circulation pour éviter le rapprochement des collaborateurs et des stagiaires."

Comme toutes les entreprises du Luxembourg, l'IFSB* a suivi les recommandations du guide de protection publié par le gouvernement, ce qui n'a pas empêché Patrick Nemry de prendre des initiatives. Le télétravail est bien sûr privilégié de manière à réduire le personnel sur le site de plus de 50%. Par ailleurs, une personne est assignée à la désinfection tout au long de la journée.

IL VA FALLOIR APPRENDRE À VIVRE AVEC LE VIRUS

Ce chemin de croix de la sécurité sanitaire, il va falloir s'y habituer car cela va devenir la norme au travail pour un certain temps, tant que l'on ne sera pas débarrassé du Covid-19. C'est donc un environnement nouveau et un brin anxiogène que Benoît aborde sereinement: "La période du confinement nous a permis d'ancrer en nous la problématique du coronavirus dans notre quotidien, qu'il soit privé ou professionnel. On sera soulagé le jour où un vaccin sera mis sur le marché. Jusque-là, le chemin est encore long. Je pense qu'on rentre dans la période la plus compliquée. Déconfinement n'est pas synonyme de suppression du virus et il va falloir apprendre à vivre avec."

Cette accumulation de contraintes nouvelles à une vie de frontalier déjà riche en désagréments, Benoît l'accepte avec sagesse: "On les accepte parce que c’est une nécessité. On parle tout de même de la santé, de sa propre personne, également de la santé des autres. C’est important et on ne doit pas le vivre — en tout cas je ne le vis pas — comme une contrainte aujourd’hui. Plutôt comme une preuve d’adaptation par rapport à un monde nouveau qui voit le jour."

* L'IFSB a par ailleurs fourni à chaque membre du personnel un kit comprenant du gel hydro alcoolique / un flacon de désinfectant / des masques jetables  / des gants jetables / des gants de travail / une paire de lunettes de sécurité / des masques réutilisables et lavables

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