
Le Statec a publié mercredi les derniers chiffres de l'inflation au Luxembourg et ils indiquent que la prochaine tranche indiciaire et par conséquent une autre tripartite doivent intervenir bientôt. Un taux d'inflation de 6,6% est attendu cette année.
A ce propos, le ministre de l'Economie, Franz Fayot, déclare que nous avons une inflation qui va durer plus longtemps, du fait que la guerre en Ukraine se prolonge plus longtemps que ce que nous pensions. A cause de cette guerre, les prix de l'énergie augmentent et avec eux de nombreux autres prix, pas seulement au Luxembourg. Le gouvernement a par conséquent chargé le Statec d'établir de nouvelles prévisions pour début septembre. Ensuite une tripartite sera éventuellement organisée à l'automne, peut-être déjà en octobre.
La prochaine tripartite ne devrait cependant pas se dérouler comme la dernière, selon le président de la Confédération générale de la Fonction publique (CGFP). Il faudrait mieux préparer cette tripartite et disposer de chiffres fiables, a déclaré Romain Wolff mercredi matin sur RTL. Par railleurs, la réunion ne devrait pas porter uniquement sur l'index, d'autres thèmes devraient être abordés, le président de la CGFP a cité la problématique du logement et la politique fiscale.
Le sujet principal lors d'une tripartite est la perte de pouvoir d'achat, répond le ministre. La question est, comment réagissons-nous, en tant que gouvernement, au fait que les gens aient moins d'argent dans leur portefeuille. Un certain nombre de mesures ont déjà été prises, comme l'allocation de vie chère ou les prix de l'énergie. Il y a eu aussi les mesures du "paquet de solidarité"(Solidaritéitspak) et Franz Fayot rappelle encore qu'une tranche indiciaire est tombée et qu'un crédit d'impôt est entré en vigueur. Par conséquent, la question de savoir comment faire face à la situation de l'inflation reste le problème numéro un lors de la réunion tripartite, selon le ministre de l'Economie. C'est pourquoi une évaluation honnête de la situation des entreprises et aussi de celle des personnes souffrant de la crise est nécessaire.
La tripartite ne doit cependant pas être une alternative à la politique du gouvernement, souligne Franz Fayot. Il y a eu récemment à la Chambre une discussion sur la politique fiscale et le gouvernement est aussi actif dans la problématique du logement.
L'"état des lieux honnête", comme le nomme Franz Fayot, doit être réalisé sur base de chiffres, qui sont toutefois très volatiles actuellement partout dans le monde. Le Statec avait déjà révisé ses chiffres de la dernière tripartite, mais c'est lié à la situation. Nous recevons actuellement moins de gaz de la Russie, ce qui est une arme dans cette guerre. C'est pareil pour l'électricité et le pétrole, qui sont plus chers à cause de cela. "Ce sont des phénomènes pour lesquels personne n'a de boule de cristal et avec lesquels il faut sans cesse s'adapter et recalculer ses chiffres," selon le ministre de l'Economie. C'est pourquoi il faut être capable de réagir de manière agile à une telle situation et à une telle inflation qui ne s'est plus produite depuis les années 80.
Les syndicats ont déjà annoncé qu'ils se présenteront unis à la prochaine tripartite et que c'en était fini du report de l'index. Romain Wolff a en outre déclaré qu'il serait temps que le barème fiscal soit adapté à l'inflation, ce qui n'a plus été fait depuis 2009. Cela pourrait aplanir la "bosse" des classes moyennes.
Lors de la première tripartite, on supposait encore qu'il y aurait une brève guerre en Ukraine et que l'inflation reculerait au second semestre. Dans ce cas, seule une tranche indiciaire serait tombée. Mais l'estimation d'il y a quelques mois n'était pas correcte, car deux autres tranches indiciaires vont tomber. Et c'est précisément à cette situation qu'il faut faire face à présent. Il s'agit maintenant de se demander comment gérer cette situation. Le ministre a affirmé qu'aucune tranche ne pourra être annulée, mais la situation ne sera pas bonne non plus pour les entreprises, si toutes ces tranches tombent ensemble. C'est pourquoi il convient de trouver une solution.
"Ne laisser personne au bord de la route", comme l'a écrit Xavier Bettel sur Twitter, va coûter cher. A la question de savoir comment le gouvernement veut y parvenir, Franz Fayot répond qu'il faut trouver un mélange de mesures, aussi bien pour les entreprises, avec des subventions énergétiques, que pour les ménages avec le crédit d'impôt. L'idée est de venir en aide d'abord d'une part à ceux qui perdent le plus et d'autre part de soutenir l'économie. "Il faut trouver des solutions créatives pour continuer à avancer. Une option serait de nouveaux crédits d'impôt, mais après deux ou trois tranches, cela coûtera très cher à l'Etat". Il faudra trouver plusieurs options et plusieurs solutions au sein de la tripartite, d'après le ministre de l'Economie. Il faudra être créatif dans les prochaines semaines.
Le barème fiscal doit être remanié, dit le ministre LSAP, qui là n'est pas sur la même ligne que la ministre DP des Finances, qui était d'avis que l'ajuster à l'inflation, coûterait trop cher. En inversant le barème, pour qu'il ne monte pas si vite au départ, mais monte plus haut, on pourrait obtenir une certaine justice fiscale. Cette idée serait plutôt sympathique à Franz Fayot, mais il faudrait aussi considérer que dans la phase actuelle, avec la crise climatique, il y a d'autres sujets qui doivent être financés. Il faut trouver un équilibre.
"Nous sommes actuellement dans une crise, qui est pratiquement plus grave que la crise Covid, que nous avons eu pendant deux ans" répond Franz Fayot à la question de savoir si le gouvernement est unanime. Il serait important que nous examinions collectivement, avec l'opposition aussi, comment sortir ensemble de cette crise. "Au Luxembourg, une des grandes forces, c'est le dialogue social, grâce auquel des solutions sont trouvées, quand nous sommes dans une situation très grave." Et le ministre de l'Economie espère que nous y parviendrons.