Polémique sur la mendicité organisée La bourgmestre de Luxembourg s'oppose à la ministre de l'Intérieur

Maurice Fick
Le chapitre "interdiction de mendier en ville" n'est pas clos. Lydie Polfer, bourgmestre, a demandé "un recours en annulation contre la décision" de la ministre de l'Intérieur qui juge illégal le nouveau règlement pris par la Ville.
Lydie Polfer défend le règlement interdisant la mendicité
Lydie Polfer demande "un recours en annulation contre la décision" de la ministre de l'Intérieur jugeant illégal le nouveau règlement interdisant la mendicité.

Sujet clivant en ville et au sein du conseil communal, l'interdiction de la mendicité dans la capitale luxembourgeoise devient un sujet de désaccord entre les élus DP-CSV de la Ville et le gouvernement Bettel (DP-LSAP-Les Verts).

La mendicité est interdite depuis fin mars dans plusieurs quartiers de Luxembourg (Ville-Haute, quartiers Gare et Bonnevoie) entre 7 heures et 22 heures, mais le sujet est loin d'être clos.

La ministre de l'Intérieur, Taina Bofferding (LSAP) vient en effet de retoquer le règlement général de police pris par la Ville. "L'interdiction de la mendicité dans la capitale ne peut pas entrer en vigueur", a déclaré Taina Bofferding ce mardi matin lors d'un point presse.

La Ville a décidé d'effectuer un recours en annulation contre cette décision

La réponse ne s'est pas fait attendre. Dès le début d'après-midi, la bourgmestre et le premier échevin, Serge Wilmes ont réagi en organisant à la hâte un point de presse au Bierger-center, place du Knuedler. Lydie Polfer reconnaît avoir été "surprise par la rapidité de la réaction de la ministre", puisque le courrier officiel du ministère de l'Intérieur est seulement parvenu à l'hôtel de ville ce mardi matin.

La Ville veut éclaircir l'affaire devant la justice

"Nous avons décidé de charger un avocat d'effectuer un recours en annulation contre cette décision", a annoncé ce mardi après-midi Lydie Polfer. Pour la simple raison que "sur plusieurs points", l'argumentation avancée par la ministre de l'Intérieur "ne nous semble par correcte".

© Maurice Fick

Primo, "on dit que la mendicité simple n'est plus punie dans le code pénal. Ce n'est pas vrai", assure la bourgmestre qui connaît bien le dossier. Elle cite l'article 563 (alinéa 6) sur les contraventions: "Seront punis d'une amende de 25 à 125 euros, les vagabonds qui auront été trouvés mendiant".

Et secundo, dans l'article 342 "qui punit d'un emprisonnement de huit jours à un mois tous ceux qui mendieront en réunion". La mendicité organisée est alors assimilée à un délit puisqu'il s'agit de "traite des êtres humains, quand des hommes et des femmes sont exploités par la mendicité. Et c'est exactement ce que nous craignons", explique Lydie Polfer.

L'objectif du règlement de police pris par la Ville "n'est pas de virer des gens qui (mendient et) connaissent une mauvaise passe dans leur vie" mais de dénoncer un "vrai marché" organisé de traite d'êtres humains. La bourgmestre souligne: "Nous voulions montrer que quelque chose doit enfin se produire, y compris pour sauver des gens. On a même vu des enfants dans la rue".

"On n'essaye pas vraiment de mieux contenir ce phénomène"

Pas de doute pour Lydie Polfer: "Le code pénal donne les moyens à la police d'intervenir. Mais évidemment, après, c'est à la justice de sanctionner. Nous le demandons depuis des années".

Ce qui chagrine au fond Lydie Polfer est qu'il y a consensus sur les faits de mendicité organisée, mais que le courage fait défaut pour prendre ce problème à bras le corps. Elle regrette qu' "on essaye pas vraiment de mieux contenir ce phénomène".

La bourgmestre "l'a demandé, je ne sais pas combien de fois" et "à chaque fois on répond: oui on sait. On est conscient du problème, mais c'est très difficile d'apporter les preuves".

Dans ce dossier épineux, "on tourne autour du pot. Ce qui fait qu'il y a toujours plus de mendicité organisée" en ville, assure la bourgmestre, un peu las. Mais elle sait bien, pour avoir régulièrement des retours de ses administrés, qu'"on ne peut pas laisser s'envenimer une telle situation".

Deux poids, deux mesures de la part de la ministre socialiste ?

La bourgmestre est d'avis que la décision de Taina Bofferding "ressemble plus à une décision politique" à l'heure où la campagne des élections communales démarre.

Car elle est étonnée de constater que "depuis des années les mêmes dispositions sont dans le règlement de police de Diekirch, Ettelbruck et Dudelange" et "jusque l'à ça n'a chagriné personne!' Dans les trois villes citées, le LSAP est aux commandes.

D'autant que le ministre de l'Intérieur a toujours la possibilité de suspendre une décision pris par une commune s'il apparaît qu'elle va à l'encontre d'une loi du pays ou des droits de l'homme.

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