
Claude Seywert était l'invité de la rédaction ce vendredi matin, il a confirmé ses propos tenus à l'antenne il y a deux semaines en expliquant une nouvelle fois que la guerre américano-israélienne en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz concernent le pétrole. À court terme, les prix de l'électricité sur le marché ont déjà augmenté, mais Enovos, la filiale du groupe, a une stratégie d'achat à moyen et long terme, selon Claude Seywert.
Il s’agit à la fois d’une évaluation et d’un certain risque – un "numéro d’équilibriste" – et c’est pour cette raison que les achats sont effectués "lentement et progressivement", en fonction de la consommation. "Si l’on achète trop, on risque de devoir revendre à perte par la suite", explique le directeur d'Encevo.
Pour 2026, "pratiquement tout" ce qui est nécessaire a été acheté, et "une grande partie" de la consommation de 2027. C’est pourquoi Encevo est également convaincu qu’aucune mesure majeure ne sera nécessaire l’année prochaine, du moins en ce qui concerne le secteur résidentiel. Pour l'industrie, ce serait une autre histoire, car elle opère souvent sur un "marché au comptant" à court terme.
En ce qui concerne le gaz, Claude Seywert s’est montré un peu plus prudent qu’avec l’électricité, car "tout" n’avait pas encore été acheté pour 2027. Le directeur d’Encevo a confirmé que le prix du gaz était devenu structurellement plus élevé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Il est difficile de revenir en arrière, car selon Claude Seywert, la Russie exporte désormais une grande partie de son gaz vers l’Asie et devrait le réacheminer. En fin de compte, il s’agit d’une décision politique qui revient à l’Union européenne.

Des décisions politiques importantes seront clairement influencées par la Tripartite. Le patronat réclame une maîtrise de l'inflation, mais le directeur d'Encevo a déclaré que ce ne sont pas l'électricité et le gaz qui font grimper les prix aujourd'hui. "Nous ne pouvons pas faire grand-chose, mais si cela est nécessaire, nous pouvons mettre certaines mesures en oeuvre. L'État contribue déjà à hauteur de 150 millions d'euros aux coûts du réseau pour au moins trois ans supplémentaires", a expliqué l'invité de la rédaction.
Claude Seywert a souligné que lorsque des mesures sont prises, il faut veiller à ne pas créer de "mesures incitatives" inappropriées. La décarbonisation doit se poursuivre pour moins dépendre des combustibles fossiles et davantage de l’électricité. "Avec les énergies renouvelables désormais disponibles, nous devons continuer à promouvoir la flexibilité afin d’être plus économes et d’adapter notre comportement en conséquence" avance le directeur d'Encevo qui cite l'exemple d’une nouvelle offre de Creos – le Naturstroum Drive pour une énergie moins chère destinée aux voitures électriques: "les clients, qui ont opté pour ce tarif, ont en réalité déplacé près de la moitié de leur consommation vers les heures où l’électricité est moins chère, car la consommation est moindre pendant ces heures-là".
Les prix de l'électricité n'augmentent pas, mais les investissements deviennent plus coûteux: Claude Seywert confirme que l'économie traverse une crise en raison de la hausse des prix du pétrole, car elle reste fortement dépendante de cette ressource. Chez Encevo, cela se ressent dans l'achat de produits nécessaires à l'extension du réseau ou aux énergies renouvelables.
Il y a deux semaines, lors de la présentation de ses résultats annuels, Encevo a annoncé que le groupe verserait un dividende moins élevé afin d’investir davantage dans le réseau. De 300 millions d’euros cette année, ce montant devrait passer à entre 1,5 et 1,8 milliard au cours des trois prochaines années. Cela suffira-t-il si la population venait à atteindre 1 milliard d’habitants et que le pétrole représente encore aujourd’hui 60 % de la consommation totale d’énergie ? "À mon avis, le Luxembourg ne sera jamais autonome", a déclaré le directeur d’Encevo.
Bien sûr, davantage d’électricité sera importée, mais probablement aussi de l’hydrogène, et pour cette raison, les gazoducs avec les pays voisins devront être étendus.
Il faut également disposer de ses propres capacités de production et de stockage d’énergies renouvelables, mais compte tenu de la petite superficie du pays, l'invité de la rédaction estime qu’il n'est pas judicieux de viser l’autonomie. Lorsqu’on lui a demandé si le Grand-Duché vivait au-dessus de ses moyens, Claude Seywert a répondu"les autres pays aussi !"
Bien que l’Allemagne et la France puissent théoriquement "s’équilibrer", ce n'est pas non plus la solution la plus judicieuse d’un point de vue économique. L’objectif est donc d’élargir le marché européen de l’énergie, conclut le directeur d'Encevo, qui regroupe notamment le gestionnaire de réseau Creos et le fournisseur d'électricité Enevos.