
Lorsque Paulette Lenert se souvient, elle pense d’abord à son équipe: des gens sont venus apporter leur aide de partout.
L’humeur de la population changeait souvent, parfois les décisions des autorités étaient trop strictes, parfois pas assez.
“J’ai eu plus d’une fois le sentiment que nous étions réduits à une très très petite unité pour prendre des décisions. Et aussi pour moi-même, j’ai pris très tôt l’habitude de dire d’une manière ou d’une autre, que je devais être honnête avec moi-même.”
C’est lors de promenades avec son chien qu’elle tentait de prendre du recul par rapport à la situation et de remettre en question ses propres décisions. Elle se retrouvait souvent aussi dans des situations où elle était confrontée à des incertitudes. En prenant des décisions, elle n’avait jamais la garantie que c’étaient finalement les bonnes.
“Au début, nous ne connaissions pas du tout ce virus, nous ne savions pas à quel point il était dangereux, comment il se propageait exactement, à quelle vitesse il se propageait, ce que cela allait signifier, combien de personnes allaient mourir.”
Le quartier général pour la gestion de la pandémie était la Villa Louvigny à Luxembourg-ville. A cette époque, c’était encore le siège du ministère de la Santé. On y travaillait jour et nuit. Avec des personnes de toutes nations vivant au Luxembourg, des tests et d’autres matériels médicaux étaient achetés partout dans le monde.
“C’était spectaculaire, toutes les procédures normales ne pouvaient pas être respectées. C’étaient des procédures d’urgence dans lesquelles des fonds étaient engagés.”
A cette époque, beaucoup de matériel médical était vendu par un pays à un autre dans les aéroports. Avec “sa” compagnie Cargolux, le Luxembourg a eu beaucoup de chance. Il y avait toujours des pilotes Cargolux sur place, ils étaient en contact avec des collaborateurs du ministère des Affaires étrangères et chacun faisait jouer ses relations.
Personnellement aussi, Paulette Lenert a repoussé ses limites. Début 2021, elle a été victime d’un burn-out et a été remplacée par Romain Schneider comme ministre de la Santé pendant trois semaines.
“Nous avons juste travaillé comme un [lapin] Duracell, sans nous poser de question.”
Dans d’autres pays, des ministres avaient des conseillers en gestion du stress. Au ministère aussi, des collaborateurs ont fait défaut les uns après les autres, parce qu’il y avait trop de travail.
“C’est un peu dans ma nature aussi, je dois toujours me faire taper sur les doigts pour comprendre, mais ça correspondait aux circonstances, je pense, rien d’exceptionnel et pas un cas isolé non plus. Pour moi, c’est plus thématisé maintenant, mais il y a beaucoup de gens qui travaillaient sur le front, qui ont disparu prématurément, pendant un moment aussi chez nous dans les équipes. Malheureusement je dois dire, que c’est quelque chose que, même avec le recul, je n’avais pas du tout saisi à ce moment-là.”
Sur RTL, Gérard Schockmel, député DP et infectiologue, a critiqué le fait que dans les maisons de retraites, les personnes âgées aient été trop isolées. Une critique que peut en partie comprendre Paulette Lenert. Les autorités voulaient éviter que se produise un effet domino.
A la question de savoir si nous sommes mieux préparés pour une nouvelle pandémie, l’ex-ministre répond:
“Nous le sommes en tout cas dans les hôpitaux, où je sais que les plans qui ont été réalisés pour séparer les flux de patients, les plans de crise qui ont été adoptés, mis en place et aussi adaptés pendant la pandémie, continuent d’exister et qu’ils fonctionneront certainement très différemment et pourront être mis en œuvre plus rapidement si cela doit se représenter. Et je suppose que des réflexions similaires ont été menées dans les maisons de retraite et de soins.”
Paulette Lenert continue également de penser qu’une vaccination obligatoire n’était pas nécessaire au Luxembourg et soutient la décision prise à l’époque.